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Embrunman 2017

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Compte-rendu de l’Embrunman

 15 août 2017

Embrun

Par Vincent


 

Dimanche 18 Juin :
«  Sophie : Il faut vraiment qu’on s’inscrive à Embrun, ça fait 3 Semaines qu’on doit le faire…
Vincent : Attends je vais sur le site…Put** il n’y a plus de place sur le courte distance !!!
Sophie : C’est une blague ? On va dire quoi aux parents ? Tout est réservé et on a dit que tout était ok…

Bon on ne va pas y aller pour rien quand même…A tout hasard t’as pas envie de faire l’Embrunman ?!!
Vincent : T’es dingue, tu veux ma mort ? Souviens-toi dans l’état où j’ai fini à l’Alpe d’Huez l’année dernière… Là, c’est quasi le double et il ne reste même pas deux mois pour m’entraîner, c’est pas jouable !
Sophie : Bon ok, tu n’es pas entrainé pour du long, mais quand même, Je t’ai connu plus conquérant… on s’en fout du chrono, tu le fais en mode tranquille. T’en es capable et puis ça pourrait clôturer ton année sportive en beauté avant de te refaire opérer…enfin j’dis ça, j’dis rien…. » 

Il n’en fallait pas plus pour me convaincre !

 

embrunman


L’Embrunman sur le papier c’est :
– 3,8km de nage avec un départ de nuit
– 188km de vélo dont 5000m de dénivelé positif avec le fameux col d’Izoard
– 42,195km de course à pied avec toujours de belles grimpettes dans le centre d’Embrun

Un triathlon mythique qui figure parmi les plus difficiles mais surtout les plus beaux du monde !

Pour les futurs intéressés, c’est avec autant de kilomètres dans les valises depuis Janvier que j’arrive à Embrun :

  • Natation : 170km (Toujours aussi lent par rapport au volume d’entrainement, il serait temps d’être suivi et de travailler la technique)
  • Vélo : 4300km (la discipline dans laquelle je me sens le mieux en ce moment et où j’ai le plus progressé)
  • Course à pied : 970km (beaucoup de piste et de ce fait beaucoup de progrès en vitesse avec un record au 10km en 35’10. Par contre, seulement 2 sorties longues de plus de 20km…)

familleSamedi 12 août : Nous arrivons à Guillestre dans une petite maison de village charmante que Sylvie (ma belle-maman) nous a dégoté à 20km d’Embrun.
Nous sommes en famille : mes parents, mes beaux-parents et bien sûr mon inséparable So. La semaine s’annonce belle et chaude… nous profitons pleinement des vacances avant ce Lundi, veille de course où la pression ne fera que monter petit à petit.

embrunmanLundi 14 août : Dans l’après-midi, mon père, Sophie et moi rejoignons Embrun en vélo histoire quand même de faire tourner les jambes, il est temps d’aller mettre les vélos au parc et d’assister au briefing qui se fera sous une chaleur étouffante, pas de casquette, pas de crème solaire, est-ce que je bois assez ? J’en doute… trop occupé à penser à un tat d’autres choses.
J’ai l’impression d’avoir des douleurs partout, mes ischios et mon bassin ne me laisse pas tranquille, je psychote beaucoup, ce n’est pourtant pas dans ma nature !
Dîner à 19h, petite marche digestive, on check les affaires et au lit. Je suis très stressé, je doute beaucoup, énormément, trop même (la peur de l’échec, l’inconnu…) !
Je parle à Sophie et lui fait part de mes doutes, ce n’est que du sport, du plaisir je sais, mais c’est comme ça, je ne contrôle pas… La je m’attaque quand même à un gros morceau!
Elle trouve les mots qu’il faut et me rassure. Je repars dans mes pensées, la nuit sera longue… et à la fois très courte.

JOUR J – Mardi 15 août :
3h30 – Le réveil est difficile, je n’ai vraiment pas bien dormi. J’avale tant bien que mal mon petit déjeuner : beaucoup d’eau, pain, miel, compote de pomme, thé vert. (ça passe difficilement)

4H20 – Il est temps de mettre en route, accompagné de mon père et de Sophie. Il n’y a pas un chien sur la route c’est calme, nous ne parlons pas beaucoup, je suis dans ma bulle.

5H00 – Me voilà dans le parc à vélo, il y a déjà beaucoup de monde, je prépare mes affaires, il faut penser à tout et surtout ne rien oublier, je pense aussi à bien boire mon bidon d’attente (Un citron pressé, sirop d’agave et de l’eau) pour garder un bon taux de glycémie et une bonne hydratation juste avant départ car le stress peut vous faire perdre beaucoup d’énergie.
Mais je me sens étonnamment bien, je me libère, mes affaires sont enfin prêtes, j’enfile ma combinaison et part me promener tout en m’échauffant doucement.
Beaucoup ont l’air décontractés, ça m’apaise, je croise Marcel Zamora La légende, l’homme peut-être grâce à qui je suis ici aujourd’hui* (futur vainqueur de l’épreuve) qui attend visage fermé et concentré, son tour aux toilettes (les queues pour les toilettes sont interminables, heureusement je n’ai pas ce besoin et si je dois pisser ça sera dans la combinaison).

5h40 – Les femmes sont appelés à se présenter, leur départ est prévu dans 10min et moi je suis toujours calme et j’accélère les mouvements pour m’échauffer.
Allez faut y aller ! Dernier signe au papa et à Sophie, je pars m’entasser dans cette fourmilière de néoprène.
Les femmes sont parties, je n’ai rien entendu, je suis trop loin… Encore 10’, ça commence à être long, les visages se ferment, la tension monte. Les grilles s’ouvrent enfin, c’est la cohue là-bas devant. Moi je me suis placé en arrière, avec mon petit niveau de nageur je suis tranquille, nous avançons tout doucement sur la plage encore 5’. Je suis placé sur un coté sauf qu’on veut tous être sur ce côté et les organisateurs tentent en vain de nous pousser… Les pulsations grimpent en flèche, le public applaudi, nous faisons de même.
2’ du départ – Allez Vincent tu es prêt, tu es fort, c’est maintenant qu’il faut montrer que t’es un lâche rien ! (Cela peut paraitre bizarre et prétentieux, mais c’est à peu prés ce que je me dis à cet instant et cela me permet de reprendre un peu la confiance et surtout de faire baisser la pression.)

« C’est quand le jeu sera dur que les durs devront entrer en jeu et c’est à ce moment-là qu’il faudra se montrer courageux. »

*Pour la petite histoire J’ai lu le livre de M. Zamora (Tous les rêves sont possibles…) lors de ma convalescence en 2015, suite à un accident de Motocross à l’Enduropale du Touquet (qui m’a valu un traumatisme crânien et une grosse fracture du fémur) j’ai lu son livre et ce mec m’a vraiment touché, il pratique un sport dont la seule limite est celle que tu t’imposes, et pour lui il n’y en a pas, c’est un combat contre lui-même et cela demande une connaissance parfaite de soi et de son corps. 
Je pensais déjà au triathlon, car j’aime tout simplement nager, pédaler et courir. Mais là c’est sûr, je veux et doit vite me remettre sur pied et essayer ce sport !

5h59 – La musique qui va bien, les applaudissements, on souffle un grand coup

Natation – 3800 Mètresdépart natation embrunman

06H00 « Pannn » le départ est donné ! Nous marchons tranquillement pour gagner l’eau sans bousculade, l’adrénaline étant à son comble, je ne sens même pas la « fraîcheur » de l’eau entrer dans la combinaison (environ 20 degrés) trop préoccupé à trouver dans cette pénombre mon petit espace vital parmi tous ces bonnets blancs ! Je me remémore encore les mots de mon père « on s’en fout du chrono, je veux juste que tu ailles au bout et pour ça, il va falloir rester tranquille et gérer ton effort ». Un coup de pied par-ci, une claque par-là, mais franchement rien de terrible…Moi qui redoutais ce départ, ça se passe finalement sans encombres ! Je trouve vite mon rythme de croisière et arrive à poser ma nage et allonger (enfin essayer) comme on dit dans le jargon.
Au passage des premières bouées c’est un peu les embouteillages, mais je suis très calme, je me sens étonnamment bien. C’est déjà la fin du première tour, allez plus qu’un, le jour se lève et on aperçoit les versants de montagnes aux alentours apparaitre, éclairés par le soleil qui commence à se lever, c’est beau, c’est calme… je suis en pilote automatique et profite pleinement de ce beau spectacle avant d’être « réveillé » par un canoé qui m’indique que je ne vais pas dans la bonne direction, je lève la tête effectivement je suis bien seul (c’est ça de rêvasser) mais rien de méchant je regagne vite le peloton. C’est au tour d’une crampe au mollet de venir occuper mes esprits… ce n’est pas très agréable mais je ne m’affole pas et prends mon mal en patience en serrant les dents ça va passer, ça passe ! Ça y est, je commence à entendre le speaker et à voir le public au loin, ça sent bon la sortie de l’eau et c’est après 1H10 et 3950m (données montre GPS) de baignade que je regagne plus que satisfait et très frais le parc à vélo. Moi qui redoutais tant cette partie, j’ai pris beaucoup de plaisir !

natation, embrunman

T1 – J’avale un bon thé chaud, je marche tranquillement, Je ne m’affole pas et prend le temps de me changer. Le temps de faire un coucou aux supporters, leur dire que tout va bien et c’est parti pour une très longue balade à vélo…

Vélo – 188 kilomètres

A peine enfourché nos montures que s’élève devant nous un mur à plus de 10% où une foule déchainée nous porte jusqu’au sommet, c’est incroyable, on se croirait sur une étape du tour de France ! Les jambes sont très bonnes et dans l’euphorie, on aurait tendance à s’emballer. Allez Vincent t’y es, reste tranquille et kiffe !
Je roule aux pulsations entre 155 et 160, c’est haut, trop haut mais c’est le début je suis excité c’est normal, ça va se calmer, et ça se calmera après quelques kilomètres, je passe à 140 : impeccable.
Une belle et chaude journée s’annonce, c’est le petit matin et le soleil se cache encore derrière les montagnes. Les 40 premiers kilomètres autour du lac de Serre-Ponçon nous offrent des vues imprenables, j’en viens même à sourire et me dire la chance que j’ai d’être là, de pouvoir participer à une telle épreuve, il fait beau, je profite pleinement de ce moment, je suis tout simplement heureux !
Allez on se reconcentre quand même, les km défilent vite, j’arrive au rond-point des Orres (km 45 – dans quelques heures, Sophie en finira ici même avec le vélo, moi il m’en reste 140) ou encore des centaines de personnes sont là pour nous encourager, tous les feux sont au vert, je pense surtout à bien boire et manger un petit peu.
Je remonte beaucoup de concurrents, au km 65 – vers Guillestre j’espère voir mon père qui doit être dans les parages mais j’apprendrais qu’il est arrivé trop tard (je suis en avance sur mes temps de passages) tant pis je suis sur de très bonnes bases et je sais qu’à ce moment je ne suis pas loin des 100 premiers, si je continue comme ça je peux espérer faire un super vélo surtout que c’est dans les cols que je me sens le mieux !
Mais ma joie est de courte durée car je commence à avoir des maux de tête. Nan pas maintenant bordel, c’est beaucoup trop tôt. Je gère mon effort, les pulsations sont bonnes, je suis sous les 140 de moyenne, les jambes sont très bonnes, ce n’est qu’un mauvais passage, boit bien et ça va passer c’est sans doute le froid du départ !
prolongateursMais rien ne passe, au km 90 les nausées viennent accompagner gentiment tout ça… A ce moment précis, juste avant l’Izoard, je sais que la route va être longue et qu’il va falloir prendre mon mal en patience, mes espoirs de faire un bon chrono s’envolent.
J’analyse, je ne comprends vraiment pas, ce sont des signes de déshydratation mais j’ai bu pas loin de 750 à 800ml de boisson par heure. (Trop de sucre ? Maltodextrine ? Pas assez d’eau claire ?) Je ne bois pas de boissons isotoniques du commerce (ou très peu) et je fais toujours mes mélanges moi-même :
– Bidon 1 : 1/3 jus de pomme, deux à trois pincées de sel suivant la chaleur, 30g de maltodextrine et de l’eau
– Bidon 2 : Je remplace le jus de pomme par un peu de citron

J’aurais 4 bidons comme ça : 2 dès le départ et 2 en haut de l’Izoard, pour le reste ça sera de l’eau.

Bref, tu feras le point plus tard pour l’instant il te reste la moitié à parcourir alors accroche toi quoi qu’il arrive, il faut aller au bout !

Virage à gauche et nous voilà au pied de l’Izoard, il commence à faire chaud et nous sommes en plein soleil, durant la montée sur une moyenne de 8% je suis scotché entre 9 et 10km/h. Alors que ce sont des pourcentages que je peux monter à 12-13km/h à l’entrainement, même très entamé.
Je suis un peu frustré, mais impossible d’aller plus vite au risque de voir mon état empirer. Je positive en profitant des paysages qui sont toujours sublimes ! À 2km du sommet, la foule est de plus en plus nombreuse, c’est fou le nombre de personnes venu assister à la course, on m’avait prévenu mais je ne pensais pas à ce point. Les mots d’encouragement fusent tout le temps, c’est vraiment agréable !
Arrivée à 2360m d’altitude – tous les concurrents ont droit à un sac de ravitaillement personnel dans lequel Sophie m’a préparé 3 petits pain au lait avec blancs de poulet et une petite St Yorre. Je ne les mangerais pas maintenant, je ne veux pas me refroidir mais je prends quand même 5min pour discuter avec un petit garçon qui devant l’œil amusé de ses parents, me bombarde de questions :
– Combien de km tu as fait, tu as quel âge, tu t’appelles comment ? tu viens d’où ? c’est dur ? moi c’est Baptiste. C’est quoi ta vitesse moyenne ?
– Pour cette dernière question, je lui avoue ne pas savoir et que ce n’est pas très important…
– Allez, fonce, bon courage !
Je rigole, lui tape dans la main et repart sous ses encouragements pour la descente.
J’entends encore Sophie et ma mère « Ne prends pas de risques dans les descentes surtout !» mais si j’ai monté tout ce « merdier » C’est aussi pour en profiter 😉 ! Bien sûr, il n’y a aucun temps à rattraper mais faut bien aussi s’amuser… Plus tard, je verrais que le compteur est monté à 85km/h : un record ! Bon ce n’était pas de tout repos car il faut rester très concentré et mes maux de tête ne font que s’accentuer…
Vers Briançon, je profite d’un moment plus calme pour manger mes sandwichs même si je n’ai pas trop faim, ils me font beaucoup de bien et surtout boire mais le jus de pommes des bidons a de plus en plus de mal à passer, je ne peux compter pour l’instant que sur la st Yorre qui se vide très vite !
J’entends toujours dire que la course ne commence qu’à partir de Briançon…(et tout ce que j’ai fait avant alors ?) où le retour sur Embrun est toujours très venteux et loin d’être une partie de plaisir ! Je me dis que ça ne peut pas être pire que dans le Nord mais je vais vite déchanter car effectivement ça souffle et je suis bloqué sur le plat à 25km/h sur les prolongateurs… (Les spécialistes apprécieront)
Je commence à réellement souffrir de ma tête autour du 120e km sans parler de mes envies de vomir… je me refais pas mal doubler et trouve le temps long… ça y est, je suis dans la difficulté la vraie, les doutes s’installent, on commence à regarder la montre, combien il nous reste à faire, rien de bon quoi ! Dans la côte de Pallon (12% sur environ 2km) où toujours une foule de spectateurs est au rendez-vous, tout le monde est presque scotché mais ce n’est pas long.

Que ce soit dans les montées ou les descentes c’est presque aussi dur, ma tête va exploser… les jambes sont toujours bonnes et le cœur lui ne monte même plus… Je veux juste me débarrasser de ce P** de mal de crâne et de cette envie de vomir ! J’essaye de boire au maximum mais il me faudrait juste de l’eau claire. (chose que je n’ai pas prévu lors du dernier ravitaillement)
C’est la discipline où je pensais vraiment performer, je n’ai jamais eu ces symptômes sauf à l’Alpe d’Huez l’année dernière sur la fin de la montée et sur le parcours course à pieds où ça avait été l’enfer… Je pensais en avoir tiré une leçon mais visiblement toujours pas…
Je ne pense plus qu’a finir ce parcours vélo au km 160 je suis surpris de voir mon père pour la première fois (enfin) ça fait du bien… Je lui cache ma souffrance et lui dit que tout va bien, on discute, il m’apprend que la course de Sophie s’est bien passé et qu’elle a pris beaucoup de plaisir, voilà une très bonne nouvelle ! Il me suit un peu en camion :
– Allez gros, il te reste 2Km après ça descend accroche-toi c’est la fin, tu es parti comme une bombe sur le vélo, je n’ai même pas eu le temps d’arriver à Guillestre !
– Ouais je me sentais vraiment bien au début, là c’est un peu plus dur. Je le voyais hard le parcours vélo mais pas à ce point, j’ai été surpris par le vent et ça monte ça descend tout le temps, t’es toujours en prise !
– Allez il faut t’accrocher, mais tu es sûr que ça va, ça n’a pas l’air ?
– J’ai un peu mal à la tête mais ça va, allez t’inquiète, laisse-moi, on se voit à la transition.

J’ai tellement mal au crâne et la nausée que le fait de parler ou de me concentrer sur ce qu’il dit m’épuise. Je préfère rester dans ma bulle, faire le vide et avancer.
Il reste plus de 20km et j’ai l’impression que c’est le bout du monde. Bien sûr, à ce moment le marathon m’est sorti de la tête et je ne pense qu’a finir le vélo, le reste on verra… J’arrive sur Embrun et passe à côté de la boucle de course à pieds où l’on voit déjà les premiers entamer leur premier tour (petit ou gros coup au moral quand on sait qu’il nous reste Chalvet à grimper côte de 2km à 7% de moyenne – ça c’est ce que je pense, j’avais qu’a bien me renseigner…) Je n’ai plus qu’un bidon de ce jus de pomme que je ne peux plus avaler et le dernier ravitaillement et après la côte de Chalvet, j’avais qu’à prévoir…
A peine démarré les premiers lacets que ça y est, je vais gerber ! Mes yeux sont figés sur la roue avant, je savais que j’allais devoir affronter mes démons mais pas si tôt bordel, pas si tôt… Il fait vraiment chaud trop chaud, une spectatrice m’asperge d’eau bien fraiche ça fait du bien mais c’est dans ma bouche que je la voudrais… Au bout de 2km pensant que c’est bientôt la fin, un spectateur m’annonce encore 4km ! Sans doute la plus « mauvaise nouvelle  de toute ma vie » je ne saurais vous décrire mes pensées à ce moment…
Je regarde au loin et me fixe chaque virage comme objectif, je vais vomir, je dois vomir mais pas maintenant tu feras ça à la transition aux toilettes, tranquille.
Arrivé en haut avec beaucoup de peine, je prends une gourde d’eau bien fraiche et attaque la descente avant, avant la fin du vélo… mais c’est encore pire que ça monte ou que ça descende, je suis mal et la route est dégueulasse, j’ai du mal à rester concentré et pense même m’être trompé de route alors que c’est impossible je regarde derrière, il y a bien un camarade c’est ok…
J’arrive à l’air de transition et sincèrement je pense à abandonner, je réalise maintenant l’ampleur de la tâche qu’il me reste à faire 42km et pas des plus plats… Ce n’est juste pas possible dans cet état, si la tête n’y croit pas, le corps ne pourra pas…

T2 – On me propose un massage, je refuse poliment car les jambes vont bien !
Je me change tranquillement je vais voir mes proches qui sont juste là et leur annonce que je ne peux plus, que ça ne va pas du tout.
– Allez Vincent, ça peut passer, fait ce que tu peux, commence par marcher, tu dois essayer !
Encore une fois par peur de voir des étoiles et ne plus pouvoir repartir, je me retiens de vomir et continue.

Course à pied – 42,195 km

Je n’ai jamais été aussi « découragé » mentalement, je marche et m’arrête au bout de 300m à un ravitaillement, le seul moyen d’aller au bout c’est de boire, boire et encore boire mais croyez-moi quand ça ne veut pas passer, ce n’est pas si simple… Je suis appuyé sur des grilles où je cogite et essaye de m’enfiler un verre d’eau, un spectateur vient à mes cotés et me dit (texto) :

Allez mon petit gars, tu ne peux pas lâcher maintenant, soit courageux et accroche toi ! N’oublie pas que rien n’est impossible, dans quelques heures tu lèveras les bras et tu seras fier de toi ! Allez faut y aller maintenant !

J’aurais toujours en tête ce moment si particulier d’un inconnu qui a su trouver les mots pour me refaire partir, Merci !

Petit arrêt pipi (oulala c’est trop jaune tout ça) J’essaye de trottiner et boit un maximum de mon camelbak (Jus de citron, sirop d’agave, pincées de sel, eau). Mon père m’accompagne un peu, trouve lui aussi les mots et me fait passer le temps, allez un tour et on se revoit après !
Ne sachant pas ce qui m’attends le mental se rebooste un peu et ça repart (façon de parler car je suis à l’arrêt, moi qui espérait faire 4h sur ce marathon, c’est un peu loupé) !
Je m’arrête à chaque ravitaillement et pense à bien boire. Je décide de trottiner, mais je suis vite calmé quand j’arrive au pied d’une côte à lacets qui me parait interminable.
J’arrive dans les rues piétonnes et découvre doucement (c’est le cas de le dire) le centre-ville d’Embrun avec encore et toujours une ambiance de folie, de la musique avec les gens sur les terrasses qui nous encouragent, ça requinque. J’évite de regarder la montre mais c’est plus fort que moi : 5km… Nannnnnn, redescente aux enfers…
Ils annoncent 13km au tour, je n’ai même pas fait la moitié. Je me fais doubler par des avions, des pros que je reconnais, qui doivent passer à plus de 15km/h là c’est vraiment du costaud et je me demande quel entrainement il faut pour tenir une allure pareille ici sur un marathon qui est loin d’être plat. L’homme n’a pas de limite…

Allez, si ces mecs sont capables de courir si vite, toi tu es au moins capable de faire un footing tu as juste envie de vomir et alors ? Si tu es ici c’est que tu le veux bien, donc arrête de râler, tu as su commencer donc tu sauras finir! 

marathonJe trottine et me remet vite dans ma bulle en mode robot je fais le vide et avance un pas devant l’autre en me disant que c’est l’arrivée qui s’approche.
Au bout de 14km, je boucle mon premier tour il y aura bien 42km (on espère toujours un peu moins dans ces conditions mais non l’organisation à fait les choses comme il le fallait) je passe juste à côté de la ligne d’arrivée et voit les premiers en finir, c’est dur quand vous savez qu’il vous reste deux tours… je revois ma famille, c’est au tour de Sophie de m’accompagner mais je réalise qu’il me reste 28km à faire et l’envie de vomir et la tête ne vont toujours pas mieux, le mental lâche à nouveau, les larmes coulent, clignotant à droite, je m’écroule.
– Ça ne va pas le faire So, c’est vraiment la merde.
– Allez chéri, ça va aller, on va marcher et trottiner un peu ensemble. Tu marches autant que tu veux mais n’abandonne pas, tu vas y arriver.
Je m’arrête au prochain ravitaillement et cette fois j’essaye de vomir, je n’ai plus rien à perdre, mon ventre se noue mais pas grand-chose mis à part un peu d’eau sort de là, j’entends pas loin dire « Là, c’est fini pour lui » l’ego prenant un coup, je repars de plus belle et essaye de courir dans les rues piétonnes.
J’alternerai marche et footing tout le long de ce 2e tour dans le même état que le 1er où le plus dur n’a pas été forcément de courir mais de boire et supporter cette nausée.
Le ventre et surtout la tête allant un petit peu mieux, j’ai maintenant décidé d’essayer de boire un verre d’eau, un verre de coca et finir avec un verre d’eau à chaque arrêt, on verra…
Je repasse devant cette fameuse ligne d’arrivée, fait le tour du parc à vélo et retrouve tout le monde toujours au même endroit mon père ainsi que Sophie m’accompagnent un peu.
– Il te reste un tour, un seul p*** de tour Vincent, tu te sens comment ?
– Ça va, ça va un peu mieux ça devrait aller t’inquiète !

Il parait que rien n’est jamais joué sur distance Ironman, même à 3km de l’arrivée tout peut s’écrouler…

Je les quitte et repars de plus belle dans mes pensées.

Pense à Sophie qui s’est levé à 3H30 comme toi pour te soutenir avant le départ alors qu’elle avait une course elle aussi, à tes parents qui ont toujours cru en toi quoi que tu fasses et bien sûr tes beaux-parents qui t’ont toujours soutenu. Pour eux qui sont là, tu dois, et tu vas y arriver. Tu te le dois à toi-même et tu ne peux pas finir comme ça en trottinant, fini en beauté bordel, accélère, tu as les jambes !

A ce moment précis je sais que je serai Finisher. C’est bon, il me reste 12km mais c’est ok je le sais, les jambes sont bonnes, je n’ai aucune crampe mis à part quelques douleurs au niveau du bassin mais qu’importe ! Je retrouve le sourire, c’est fou en 1min presque toutes mes douleurs gastriques sont parties et surtout ma tête me laisse un peu tranquille, je n’y comprends rien je me mets à courir cette fois, même dans les côtes je ne m’arrête plus, je ne saute aucun ravitaillement par précaution et repars de plus belle !
Je dois être à 5’50 au kilo et je suis très bien, c’est bon fais-toi plaisir maintenant ! (j’ai pu me répéter cette phrase au moins 20 fois pendant le dernier tour) je retrouve des couleurs, je le sens ma foulée est bonne même mon attaque au sol est meilleure, c’est fou le corps humain est incroyable ! Je ne me ferai plus doubler et je rattrape beaucoup de concurrents même si maintenant le but n’est que de finir et que le chrono n’est qu’anecdotique mais je veux finir fort et fier !
Dans les 7 derniers km, j’en remet une couche c’est la fin ça y est, quelle joie ! (je voudrais revivre cet fin marathon embrunmaninstant au moment même où je suis en train d’écrire) dernier ravitaillement je prends le temps de m’arrêter je bois tout en marchant et repart de plus belle, j’accélère encore à 3km du but je suis à 4’30 au kilo ! Incroyable tellement les sensations sont bonnes ! Les gens me portent, c’est génial… je vois mon père, il ne m’attendait si vite et avec une telle fraicheur sur ce dernier tour, nous finissons le dernier km ensemble à très bonne allure, il me quitte à 500m de l’arrivée pour me laisser savourer mon petit moment de gloire, il n’appartient qu’à moi et je l’ai mérité.

Le tapis bleu le voilà, beaucoup de monde est là pour vous applaudir, je savoure, je ris et franchi cette ligne d’arrivée après 14H18 d’effort.finisher embrunman

Loin des 13h envisagés mais quel bonheur de finir aussi frais, « en bonne santé », heureux et surtout fier de n’avoir rien lâché !

Un grand MERCI à mes parents, mes beaux parents et bien sur ma petite Sophie pour  cette super semaine que nous avons encore passé. Et Merci à tous pour vos messages et appels d’encouragements!

finisher embrunmanTout au long de ce récit, j’ai essayé au mieux et de manière la plus sincère qu’il soit de partager mes émotions, mes pensées, mes faiblesses et mes joies.
En espérant vous avoir donné envie de vous surpasser, dans le sport ou dans la vie…Ne lâchez jamais, même quand l’envie d’abandonner est là… Plus la bataille est dure, plus la victoire est grande !

Maintenant place au repos, aux préparatifs d’un prochain défi qu’est ce voyage à vélo, et à l’opération que je dois subir le 8 Septembre, pour enlever le matériel que j’ai dans le fémur depuis mon accident.
L’objectif sera ensuite de me rééduquer comme il se doit avec j’espère une jambe comme neuve pour encore et toujours mieux pédaler 😉 !

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