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Bikepacking #1 : L’Araucanía, une beauté sauvage qui se mérite !

Amérique du Sud, Argentine - Chili, Le carnet de bord| Vues: 2093

Depuis que nous vous avions quitté à Puerto Varas à Noël, nous avons vécu encore de sacrés moments ! Les jours se suivent et ne se ressemblent pas…Dieu seul sait ce qui nous attend à chaque journée qui démarre.
Il y a eu entre autres la très belle route des lacs entre la région « Los Lagos » au Chili et « Los Siete Lagos » en Argentine, la découverte de San Martín de los Andes (et surtout de sa Panadería, retour en Argentine oblige !), le nouvel an à Pucón (Chili) chez notre ami Fefo, une belle session rafting dans l’un des spots les plus célèbres du Chili, de belles rencontres… Tout ça à découvrir en images  ici : « La Région des Lacs ».

Après une bonne semaine de repos chez Fefo à Pucón, c’est motivés et frais comme des gardons que nous attaquons notre 1ère étape de « Bikepacking » !

Notre objectif est de traverser une région de volcans et de montagnes avec pour itinéraire Melipeuco – Lonquimay – Chenqueco – Ralco – Trapa Trapa et ensuite basculer en Argentine par le Paso Copahue ! Tout un programme… sur le papier, ça passe plutôt bien…(enfin, à peu près quoi…)

Vincent s’est inspiré du site Bikepacking.com pour cette étape de 5 jours jusqu’à Ralco. La suite est improvisée…

Sur le site, ils indiquent 3/10 au niveau de la difficulté alors nous forcément, on arrive là tranquilles et détendus, juste prêt à en prendre plein les yeux pendant cette promenade de santé…

Mais il y a quand même un mais…c’est sur le passage de frontière pour rejoindre Copahue où aucune carte n’indique un chemin. Vincent n’a jamais su trouver d’informations sur internet concernant ce passage à savoir s’il est faisable ou s’il existe tout simplement. Le cas échéant, nous devrons faire un détour de plus de 300km par le Nord, à voir …

Day 1 :  80km 1200D+

Nous somme exactement à 17km de Melipeuco lorsque l’on pose la tente dans une pâture gentiment mise à disposition par son propriétaire, nous y passons la soirée et la nuit avec un chien dénommé « pot de colle » et un cheval (très) curieux, qui, à la moindre inattention, va fouiner dans nos sacoches et tout ce qui peut trainer ! Bref, vers 10 h après une nuit agitée et humide, nous regagnons Melipeuco pour y faire quelques courses.

Et surprise, une course de VTT est partie il y a tout juste 1h avec un 30 et un 55km autour du Volcan…

Bordel de M**,  c’était l’occasion rêvée d’enfiler un dossard !  

Si nous étions arrivés la veille au soir, nous aurions su et pu y participer…

La semaine dernière à Pucón, c’est un trail de 12km qui nous est passé sous le nez, celui-ci affichant complet…

Pas facile de savoir où et quand ont lieu les événements sportifs, surtout que nous ne pouvons connaitre notre itinéraire à la date prêt. Mais nous ne perdons pas espoir…  Disons qu’avec ce qui nous attend ces prochains jours, ce sera un peu notre compétition à nous.

Midi, le soleil nous rappelle que nous ne sommes pas habitués à de telles chaleurs (35°) et que l’hydratation sera notre moteur principal si nous voulons rouler dans de bonnes conditions.

Nous quittons l’asphalte, les sacoches pleines et les bidons remplis. Nous ne croisons que très peu de monde, nous sommes tout frais, il fait beau, pas de vent, des montagnes et des sources à perte de vue, bref le cocktail idéal. Au 40ème km, nous entamons notre première vraie ascension, un col de 14km entre 6 et 18% avec une moyenne de 10%, on ne s’attendait pas à autant mais disons que ça passe sans trop chouiner, quoi que…  S’en suit une route relativement plate (ou plutôt valonée) tout simplement magique au coeur de l’Auracania …. les photos parlent d’elles-mêmes.

Sur le coup de 16h, nous commençons à sentir la fatigue, virage à gauche et mauvaise surprise, ça grimpe !

1h30 plus tard et rincés, après avoir hésiter longuement à planter la tente au sommet, nous avons droit à une descente bien trop courte à notre goût par rapport à la grimpette d’aujourd’hui !

Vincent s’arrête devant une Hacienda (Ferme) juste en bas, où un panneau indique bien que l’entrée y est interdite.

Nous y entrons tout de même et demandons pour planter la tente sur le terrain, sommes très bien accueillis encore une fois, avec une petite rivière, de l’eau potable bref tout ce qu’il nous fallait pour camper dans de bonnes conditions.

Pour la petite histoire :
Juste au moment de notre fameux dîner « préféré » (pâtes, sauce tomate, petit pois) à quelques mètres de nous, l’homme de la maison accompagné de son fils d’une dizaine d’années, ramène tranquillou un mouton vivant pour l’égorger et le dépecer, allez en avant Guingamp ce soir c’est Méchoui ! Autant vous dire que les occidentaux que nous sommes, peu habitués à ce genre de scène avec pour seuls « animaux » à notre tableau de chasse quelques mouches et moustiques, cela nous coupe légèrement l’appétit… 

Day 2 : 65km 1450D+

8h00 Après une nuit plutôt correcte car réellement nous ne dormons jamais vraiment bien et profondément en tente (ou alors nous ne pédalons pas encore assez, à voir…), nous prenons le temps de toujours bien faire sécher (quand c’est possible) notre demeure de toile afin d’éviter de la replier trempée dû à l’humidité.

Comme la veille il nous reste 17km d’échauffement avec une partie d’asphalte avant de rejoindre Lonquimay. Comme d’habitude : un plein de courses, on profite du Wifi pour dire aux parents que tout va bien et qu’ils ne s’inquiètent pas s’il n’y a pas de nouvelles pendant ces 4 jours qui suivent et on met les voiles, un peu trop tard car il est 12H30 et la température est à son maximum. La bonne nouvelle c’est qu’à « l’office de tourisme » ils nous confirment un accès par un passage à plus de 2000m d’altitude pour rejoindre l’Argentine, seuls les piétons et les chevaux peuvent y accéder… donc à vélo, ça devrait passer aussi pensons-nous sereinement…
On n’oublie pas de remplir la bouteille d’essence pour le réchaud et c’est parti.

D’entrée se dresse devant nous un mur de 8 km, à peine 1km et nous sommes déjà trempés, cette étape s’annonce compliquée.
Nous comptions nous arrêter en haut du col pour manger mais c’est à moitié seulement que nous devrons faire notre pause déjeuner si nous ne voulons pas tomber du vélo. Au menu du jour, sandwichs avocat-fromage-ketchup, ça fait pas rêver mais on vous assure, c’est un kiffe !

Le 16% qui suit en guise de digestion passe plutôt mal et nous serons contraints à plusieurs reprises de pousser les vélos même accompagnés de notre 30×46 (développement de notre transmission)

Petit clin d’oeil à Jerôme, du magasin Cycles Coupez, qui nous a dégoté les vélos.
Vincent se souvient encore lui dire « Mais 30×46 on en aura jamais l’utilité, à cette vitesse on tombe du vélo, ça sert à rien !»
« Mais si tu verras » qu’il dit, « moi je serais vous, je garderais ce développement. Les Andes c’est pas le Nord Pas de Calais, surtout chargés ». Bon ça, on s’en doutait un peu, mais on le remercie mille fois aujourd’hui !!!

Arrivés en haut au bout de 8 Km et 11% de moyenne, avec des pointes à 17% tout de même, c’est le brouillard complet. Nous perdons presque 20 degrés d’un coup, nous obligeant à sortir les Gore tex si on ne veut pas attraper froid. Il y a ici une station de ski, enfin attention ce n’est pas Val Thorens non plus, il y a deux remontées mécaniques et un chalet-resto. Un peu comme le Grand Bornand quoi 😉 ! Petite pensée à nos amis savoyards qui se reconnaitront …

La descente qui suit nous fait bien plaisir car pour une fois nous avons l’impression de vraiment descendre ce que nous avons monté et non pas la moitié !

Depuis le début nous n’utilisons pas notre filtre à eau et buvons l’eau des rivières directement sauf que Vincent commence à avoir quelques crampes de ventre assez désagréables (étonnant d’ailleurs qu’il ne soit pas tombé malade avant) surtout que par jour nous pouvons boire 6L d’eau chacun .

Il doit être 16h00 quand nous pénétrons dans la réserve naturelle Malalcahuello , le garde nous indique qu’il est interdit de camper dedans et qu’il faudra faire les 40 km pour en sortir et ainsi pouvoir dormir. OKKKKK Garçon, on prend note !!!

La mauvaise nouvelle c’est qu’il annonce également que ça va grimper encore pendant 7km avant de basculer de l’autre coté et profiter d’une longue descente à côté du magnifique volcan Lonquimay. Nous sommes bien sûr au courant que ça va monter mais jamais avec autant de dénivelé et aussi longtemps.

A chaque fois, on pense monter une petite côte et on se retrouve à grimper l’Alpe d’Huez et ça, tous les jours !

Après 5 km depuis l’entrée du parc nous arrivons au pied du Volcan Lonquimay qui accueille également une petite station de ski avec 3-4 remontées mécaniques. Il nous reste un bon 2 km assez compliqués avec une route en mauvais état avant de basculer de l’autre côté et de redescendre. La fatigue est à son comble et Vincent se plaint de maux de ventre …mais il y a pas, il faut avancer, au pire un bon caca sur le bas côté et c’est reparti !

Cette photo représente bien le contraste qu’il peut y avoir entre le paysage grandiose et Vincent qui n’en peut tout simplement plus. Vous avez beau être dans le plus bel endroit du monde, si vous n’êtes pas au top de votre forme, difficile parfois d’en profiter pleinement.

Au sommet, devant nous se dresse une vue à en faire taire les crampes de Vincent !

Il est tard, nous sommes très fatigués mais qu’importe nous passerons de longues minutes ici à contempler en silence.

Bon maintenant, il faut trouver où dormir, la grande question récurrente. Heureusement, nous descendons (sur une piste difficile dû à une coulée de lave qui y a laissé de la roche volcanique) il est 19H30 et nous voudrions juste nous poser…

C’est seulement après 20km tout de même que nous trouverons une cabane abandonnée avec une rivière à quelques dizaines de mètres. Malgré les fourmis, ça fera l’affaire. Un plat de semoule-thon, une tisane histoire de réhydrater le corps desséché, et au lit !

 

Day 3 : 52km 1300D+

A notre réveil, les fourmis envahissant nos pieds, nous démontons la tente vite fait bien fait et décarpillons de là à vitesse grand V. Nous allons déjeuner un peu plus loin au bord de la rivière.

Nous commençons à sentir la fatigue accumulée de ces derniers jours. Nous savons que la journée sera difficile mais cette fois nous commençons avec une descente d’une bonne dizaine de km, avant d’attaquer comme toujours une montée plus qu’hazardeuse où nous devrons pousser nos montures. Mais nous avons toujours le sourire et trouvons le trajet agréable.

Vincent : Alors le vent ou le dénivelé?
Sophie : De loin le dénivelé même si j’ai chaud, que mes cuisses me brûlent, que mon cardio s’emballe…Au moins je deviens pas folle !

Sur les coups de 13h30, nous nous arrêtons manger au bord d’un lac. Au loin se dresse une montagne que nous devons traverser, jusque là tout va bien, on « connait » le chemin, sauf qu’arrivé au sommet, les cartes n’indiquent plus rien et ça Vincent le savait en faisant l’itinéraire, nous savions que nous serions livrés à nous-même pour regagner Chenqueco qui est de l’autre côté de la rivière dans une autre vallée.

Il est 14H30 quand nous devons repartir hésitants quant à la montée qui nous attend, dont on ne connaît ni le kilométrage ni la difficulté.

Mais par magie arrivent deux Chiliens du côté où nous devons justement aller ! Incroyable quand on sait que très très peu de personnes passent par ici. Sauf que Sophie est partie chercher de l’eau et Vincent doit se débrouiller avec un espagnol venu d’ailleurs, pour savoir exactement comment basculer de l’autre côté de la vallée. Bien sur comprendre le principal n’est pas trop le problème, mais quand il faut aller dans le détail là c’est le flou total…

Sophie : Alors ils t’ont dit quoi?
Vincent :Bin, en gros dans la montée c’est la grosse merdasse, va falloir pousser, et après ça descend.
Sophie : Ok, mais ça on le sait… On peut regagner Chenqueco de l’autre côté?
Vincent : Ouais ouais t’inquiète ! Ca passe, mais par contre comment… je t’avoue que j’ai pas tout compris. En même temps, c’est pas ma faute si j’ai fait Allemand 1ère langue !
Sophie : Ah ouais, si on avait été en Allemagne, ça aurait été beaucoup plus simple…
Vincent : Pffff carrément ! Ich bin Vincent, Ich Wohne in Cantin, tu vois je suis bilingue.

Ahhh sacré Vincent… heureusement qu’il a un bon sens de l’orientation et qu’on peut compter là-dessus. Car pour l’espagnol mieux vaut compter sur Sophie !

Mais revenons à nos moutons (quand on y pense, le pauvre…) on a encore du pain sur la planche.

Au moins, même si nous ne savons pas combien de temps nous allons passer dans cette côte, nous savons que nous allons galérer, le tout c’est d’être prévenu !

Pas la peine d’en écrire un roman, nous avons mis 2h30 pour faire 5 km sous une chaleur écrasante. Mais c’est avec le sourire et le sentiment de satisfaction que nous arrivons au sommet avec en vue sur l’autre versant de la montagne, le village de Chenqueco. Ca semble tout prêt, y’a plus qu’à descendre et il y aura sûrement une passerelle pour traverser la rivière ! Enfin ça, c’est ce qu’on imagine…

Après une descente très technique voire assez dangereuse avec des passage à plus de 20% dans la caillasse. Nous arrivons au bord d’une hacienda isolée et toujours pas de passerelle.

Nous tapons, entrons dans les cabanes afin de demander notre chemin mais personne, pourtant il y a pleins d’animaux.

Nous sommes un peu perdus, avons-nous loupé un chemin dans la descente? Faut-il continuer au risque de faire demi-tour? Nous en avons plein les bottes et nous nous sommes mis en tête depuis ce matin de regagner le village de Chenqueco afin de se faire un bon repas digne de ce nom (quand on dit ça, on parle juste de nourriture autre que des pâtes à la sauce tomate !)

Ce qui nous fait douter, c’est cette barrière fermée avec un cadenas avant cette hacienda, nous sommes obligés de passer sur le coté pour suivre le chemin. Mais l’instinct de Vincent est formel, il faut continuer, s’il y avait eu un chemin, on l’aurait vu.

C’est donc reparti pour 30min de vélo supplémentaire dans la poussière, le dénivelé, la gadoue et les flaques. Nous sommes vidés, crados comme jamais  et au bout de 5-6 km le « chemin » se transforme en une rivière qu’il faudrait emprunter si nous voulons continuer.

Vincent perd « un peu » de son sang froid et s’énerve…
« Je suis pourtant sûr que c’est par là bordel de m***, mais on doit faire demi-tour, retourner à l’hacienda pour camper ce soir et voir si il y a quelqu’un qui pourrait nous renseigner. »

C’est reparti en sens inverse et en arrivant toujours personne, il est déjà tard, nous nous installons pour la nuit.

La soirée n’est pas désagréable même si nous nous triturons le cerveau à savoir si nous devons rebrousser chemin ou continuer sur le chemin qui se transforme en rivière…

Nous avalons les pâtes qu’il nous reste avant de nous coucher avec le doute qui persiste. La nuit porte conseil parait-il.

Day 4 : 40km 500D+

7h30 Nous décidons de ne pas trainer afin d’être sûrs de regagner Chenqueco ce soir car là pour le coup, on a plus de bouffe ! Faut voir le bon côté des choses, au moins on roule léger…

La décision est prise, il faut repartir là ou on s’est arrêté hier et insister, il doit y avoir un passage.

Et notre persévérance finira par payer. Le « chemin » étant inondé, nous nous lançons quand même dans cette gadoue pour retrouver plus loin un vrai chemin tournant vers la gauche et allant cette fois vers la rivière, nous tombons même sur une cabane où un homme nous indique que nous sommes sur la bonne route, même s’il n’y a pas de pont pour traverser la rivière ! Comme quoi on était vraiment pas loin du but…

Une sorte de tyrolienne y est aménagée. Sophie veut absolument traverser la rivière à son bord, elle trouve ça rigolo…
Ok c’est fun, mais Vincent ne trouve pas l’idée très bonne surtout que traverser la rivière directement les pieds dans l’eau nous fera gagner du temps.
Mais une femme qui insiste obtient souvent ce qu’elle veut et on a du temps devant nous donc pourquoi pas…

On ne va pas entrer dans les détails mais Sophie (avec toutes les peines du monde) a quand même réussi à regagner l’autre rive à bord du vaisseau en tirant sur la corde de toutes ses forces mais s’est vite rendu compte qu’avec les vélos ça ne passerait pas…

Donc retour au plan initial, de plus que traverser cette rivière sera un jeu d’enfant. Encore une grosse dizaine de kilomètres et nous voilà au village.

Nous profitons de la supérette pour faire quelques courses et surtout boire un bon coca bien frais. (Nous ne sommes pas du tout Soda mais après l’effort un coca peut vous requinquer comme jamais !).

Il est 13h quand nous reprenons la route pour Ralco à 60 km de là.

Au bout d’une vingtaine de kilomètres ,un Pick-up avec à bord 3 hommes s’arrête devant nous.

  • Holà Chicos, où allez-vous comme ça?
  • Ralco
  • Vous n’y serez jamais aujourd’hui, allé montez, on vous y emmène !

Vous pensez bien que ça ne se fait pas de refuser, ahah !

D’autant plus que la route n’est plus une partie de plaisir car il y a pas mal de véhicules qui passent maintenant que nous avons regagné la civilisation et qui font beaucoup de poussière.

En chemin, les 3 ouvriers qui reviennent du boulot s’arrêtent dans une « pension » pour manger et nous y invite !

  • Allez Chicos, on vous invite à manger !

Et là, même si on a déjeuné une heure auparavant, l’idée d’une bonne assiette nous réjouie ! On se souvient encore de Vincent dire hier soir qu’il aimerait manger un bon bout de viande (pourtant pas si fan en France) et bien c’est chose faite, on nous amène une assiette avec une « chuleta » (côte de porc) et une bonne purée maison. Le kiffe…

Encore une fois, la générosité légendaire des sud américains a frappé !

Nous arrivons à Ralco sur les coups de 17h, remercions mille fois Gustavo et ses collègues et allons nous chercher un toit pour la nuit car ici pas de camping, on veut juste un vrai lit, histoire de récupérer un peu.

Pendant que Sophie s’active aux lessives, Vincent s’occupe des vélos et surtout des transmissions qui ont bien besoin d’être nettoyées et regraissées. Depuis le début, Vincent est assez vigilant sur le matériel et ça porte ses fruits car nous n’avons rencontré aucun problème, pas même une crevaison… Toujours sur les conseils des Cycles Coupez, nous avons mis des bandes Kevlar entre le pneu et la chambre à air et ça doit bien y être pour quelque chose…

Day 5 : Journée de repos forcé…

Mauvaise surprise au réveil, nos chaussures de vélo ont disparu,  les deux paires… étant encore mouillées, nous les avions laissé dehors devant la porte.

Autant vous dire que pédaler sans chaussures automatiques n’est pour nous pas du tout envisageable, c’est un confort dont on ne veut pas se passer et nous ne partirons pas d’ici sans les avoir retrouvé…

Nous devions rejoindre Trapa Trapa aujourd’hui, au lieu de ça, nous allons devoir jouer aux apprentis détectives et mener l’enquête avec l’aide des carabineros. (Police Chilienne)

D’après la gérante, ce doit être les chiens qui les ont embarqué. En effet, il y a beaucoup de chiens qui trainent dans le coin, mais bon une chaussure OK, mais 4…ça parait louche ! Nous arpentons les rues et les parcs et rien.

Notre grande chance sera que l’hosteleria dispose de caméras de surveillances ! (assez dingue pour un petit établissement dans un village isolé…) Nous y découvrons un chien blanc, auteur du crime, qui tranquillement ce matin vers 6h30, va chercher une chaussure, puis l’autre, et ainsi de suite et les déposer au milieu du parking. Puis vers 7h, un camion municipal arrive, il voit les chaussures là en plein milieu du parking, et les embarque dans son camion !
Les carabineros reconnaissent de suite le camion et partent chercher nos chaussures ! C’est marrant comme ils ont pris l’affaire au sérieux ! Il ne doit pas se passer grand chose dans ce village et là, c’était l’enquête du jour ! A notre plus grand intérêt.
Bien sûr, tout le village est au courant de la fameuse disparition des chaussures de deux touristes Français… et viennent nous demander « Alors, vous avez retrouvé vos chaussures? »

Il est 14h quand l’affaire est bouclée, rester une nuit supplémentaire ne nous arrange pas vraiment financièrement mais prendre la route maintenant est inutile, il faut se dire qu’au moins, nous aurons bénéficier d’un peu de repos. D’autant plus que la gérante nous offre gracieusement le dîner en guise de dommages et intérêts !

Day 6 : 69km 1700D+

Nous quittons de nouveau la « ville » pour rejoindre des terres plus reculées indigènes. Ici, ce sont les communautés Mapuche-Peweche. Alors ne vous imaginez pas des indiens vêtu de peaux de bêtes et de plumes, non, ils sont habillés à l’occidentale, mais il semble que le sujet entre les Chiliens et les Autochtones soit épineux. Comme dans beaucoup de pays (comme en Australie avec les aborigènes par exemple), ils ont été chassé de leurs terres par les colons, puis aujourd’hui le gouvernement veut les « moderniser », tandis qu’eux veulent rester le peuple de la terre

Après 55km de Up and Down le long de la rivière Bio bio, nous arrivons au dernier village après Trapa Trapa et avant le fameux Paso.

Il est 17h, nous avons déjà bien roulé et il est temps de trouver un endroit où dormir, avant de s’aventurer dans la pampa Sophie préfère demander à la dernière maison s’il est bien possible de rejoindre l’Argentine par le Paso.

Réponse de sept Peweche présents à ce moment :

  • Impossible à vélo, le chemin ne peut être emprunté qu’à cheval ou à pieds, bien trop dangereux avec des vélos, vous n’y arriverez jamais. Il y a un passage très étroit sur environ 250m au bord du précipice…
  • Vous êtes sûrs que ça passe pas, même en retirant les sacoches ?
  • Nous montons au Thermes Naturels d’ici une heure, c’est juste à côté du passage difficile, si vous voulez, vous pouvez monter avec nous et vous faire votre propre idée ! Nous pouvons tenter de vous mettre à disposition un cheval qui portera les sacoches, ça vous coûtera 30 000 pesos ( environ 40€)
  • Ok, on monte avec vous et on verra ce que ça donne !

Arrivés Là-haut, nous découvrons en effet au loin, une ligne qui doit être ce fameux chemin, sur le versant de la montagne, et plusieurs mètres plus bas la rivière.

Il y a ici une cabane qui pourra nous servir de refuge pour la nuit, nous irons en repérage à pieds demain matin.

Pour le moment, nous profitons des Thermes pour nous décrasser ! Il y a de la fumée qui sort de différents endroits et de l’eau qui bout, ça sent le souffre à plein nez… Et ce n’est pas une odeur des plus agréable, l’oeuf pourri est l’odeur qui s’en rapproche le plus…

La famille qui nous a accompagné repart dans la vallée, nous passons la soirée et la nuit avec ce sentiment d’isolement total au beau milieu de cette Cordillère, avec pour seul espoir de rejoindre l’Argentine demain et de ne pas devoir rebrousser chemin.

Day 7 : 30km  600D+

Vers 3h du matin, le vent s’est mis à souffler sur les pauvres toles de notre abri et impossible pour nous de retrouver le sommeil.
La nuit fut longue et froide.

Vers 9h nous sommes prêts, le chilien qui nous avait proposé de monter nos sacoches à cheval n’est pas au rendez-vous, à cause du vent certainement.

Peu rassurés, nous prenons la décision d’aller faire le passage à pieds en premier temps et de voir ensuite si nous le faisons avec les vélos ou si nous rebroussons chemin.

Nous devons attendre 11H que le vent se calme pour monter et effectivement c’est du costaud, le passage (environ 1,5km) est étroit mais pas impossible. Nous ne sommes pas sujet au vertige donc ça devrait passer. Il nous faudra une bonne heure pour en faire l’aller-retour à vide.

Vincent : Alors maintenant que tu as vu de tes propres yeux, tu le sens comment ? Je veux pas t’embarquer dans une situation que tu ne maitrises pas.
Sophie : Parce que tu penses maitriser la situation toi ?!  Le seul passage (250m) qui me fait peur et celui du vide, le reste je m’en fou, c’est juste de la galère mais c’est pas dangereux en soi. De toute façon, je ne nous vois pas repartir en arrière et faire un détour de 300 km, on va y aller tranquille et ça va l’faire. On a voulu de l’aventure, en voilà !

Vincent s’occupe de faire passer les vélos et Sophie les sacoches en faisant des allers-retours.

Tout s’est finalement bien passé, nous avons mis 2 heures pour boucler ce passage et c’est heureux, fiers et épuisés que nous basculons de l’autre côté.

Mais ce qui nous attend ensuite n’est pas de tout repos…

Il nous faudra plus d’une heure pour atteindre la « frontière » inexistante et le Volcan Copahue.  L’un des plus actifs de la cordillère des Andes, il fume constamment mais les éruptions ne sont en général pas trop dangereuses. Nous sommes totalement seuls au milieu de cette nature incroyable, enfin non c’est faux, nous partageons le paysage avec …les TAONS, nos ennemis jurés ! Et oui, derrière chaque paysage de carte postal se cache toujours quelque chose d’invisible mais de très nuisible… Mais qu’importe les sales bêtes, nous profitons pleinement de l’instant.

Encore un dernier effort et nous y sommes, plus bas se trouve le village de Copahue. Nous avons gagné notre pari (peut-être un peu fou et inconscient…Papas, Mamans, promis on fera pas ça tous les jours !) et nous en sommes tellement fiers.

Un peu de courage, un peu d’audace et le tour est joué !
Nous ne savons pas si nous sommes les seuls à avoir tenté l’aventure à vélo mais en tout cas, on doit pas être des masses…

Et on va très vite comprendre qu’il y a d’autres raisons, disons plus administratives

Arrivés au village, nous nous rendons à l’immigration. Nous savons que ce n’est pas une frontière internationale et que nous ne sommes pas censés passer par là, mais nous pensons sereinement que de toute façon, il n’y avait pas de poste frontière côté chilien, ce n’est pas notre faute, et que jamais ils ne renverrons deux touristes français dans ce merdier…

Une femme du service d’immigration arrive une heure plus tard (ici, mieux vaut oublier l’heure et ne jamais être pressé)…

Vincent : ça pue Sophie, c’est une femme et elle est blonde !
Sophie : euh ouais, et alors ?
Vincent : Rappelles-toi la seule fois où on nous a fait chier à la frontière, c’était une femme et elle était blonde.

La fameuse blonde nous informe que ne nous sommes pas acceptés en Argentine et commence à remplir des papiers de refus d’entrée. Elle a besoin d’un tampon de sortie Chilien, sans ça elle ne peut rien faire.

Nous lui précisons bien qu’il n’existe pas de douane ou de poste d’immigration au Chili. Mais elle ne veut rien savoir et veut nous renvoyer dès ce soir de là où nous venons. Le visage de Sophie se décompose : « Non mais, jamais je retourne là-bas ! C’est trop dangereux, nous sommes fatigués, c’est impossible ! »

Elle garde nos passeports et nous emmène à la gendarmerie.

Nous expliquons de nouveau que c’est trop dangereux, que nous ne voulons pas risquer notre vie à faire demi-tour (bien-sûr, on en rajoute) et qu’en venant ici, tout le monde au Chili nous disait qu’on pouvait passer, nous nous sommes donc lancés inconsciemment certes, mais ne le ferons pas une deuxième fois, ça c’est hors de question.

Réponse : Vous avez su venir, vous saurez repartir…

Vincent : Ok on a voulu jouer, on a perdu. Mais on ne bougera pas d’ici aujourd’hui.

Ils nous proposent de laisser les vélos, et de faire l’aller-retour en une journée à pieds pour récupérer ce fameux tampon Chilien. D’après eux, c’est jouable. Mais nous avons bien vu de nos propres yeux qu’il n’existe aucune douane là-bas et nous ne laisserons pas les vélos au risque de devoir venir les rechercher pour re-repartir !

Alors oui, nous sommes en tord, nous aurions dû passer par une frontière internationale comme tout le monde, oui nous sommes désolés, mais sérieusement, nous sommes de simples touristes, ça fait quoi de nous mettre ce putain de tampon d’entrée en Argentine ?!

Il se passe presque deux heures, la blonde disparait avec nos passeports un long moment, et par magie elle réapparait avec les tampons d’entrée ! OUFFF, nous sommes sauvés ! Nous la remercions, malgré son attitude froide et imbue de sa personne, elle nous aura retirée une grosse épine du pied !!! Nous ne saurons la raison de cette décision, mais tout ce qui nous importe maintenant est de rejoindre Caviahue, à 18 km de là, de se prendre une chambre, une douche et un putain de combo Pizza-bière bien mérité !

Conclusion de cette semaine de Bikepacking :

Certes, nous en avons chié encore ! Cette semaine fut très intense, aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Mais que de choses vécus ! Nous avons eu un temps magnifique, des paysages sublimes, rencontré des gens fabuleux et surtout le sentiment d’avoir vécu une « vraie » et grande aventure. Et si s’était à refaire, on referait exactement la même chose !!!

8 Responses to " Bikepacking #1 : L’Araucanía, une beauté sauvage qui se mérite ! "

  1. NORMAND dit :

    et ben heureusement qu on ne vit pas l aventure en direct quel stress

  2. Marion dit :

    Raaa les blondes mdr !
    Vous allez pouvoir faire un film avec tout ça le remake de diarios de bycicleta !
    Bonne continuation prenez en encore plein les yeux et les cuisses

  3. FOURNEL dit :

    CHAPEAU !!!! quel courage et quelle volonté vous avez tous les deux . Merci pour ces récits qui nous laissent l’impression d’être en direct avec vous. On souffre pour vous…..Bonne continuation . On pense bien à vous. Bisous Claudine et Lulu

  4. alex dit :

    Hello les aventuriers
    La lecture de vos aventures m’a fait du bien !
    Cela m’apporte ma dose journalière de soleil que nous ne voyons plus dans le nord depuis un sacré moment :-(.

    Encore merci de nous faire rêver.

    Alex

  5. Juillerat dit :

    Hello !!!!
    Quelle belle aventure et quel courage !!!!
    Merci de nous faire partager ce beau voyage à travers vos récits et vos photos
    Gros bisous à vous deux

  6. papa dit :

    SALUT LES COW-BOYS
    CHAPEAU BAS ENCORE UNE FOIS VOUS AVEZ VECU DES MOMENTS TRES FORTS ET VOUS ETES RESTES TRES UNIS DANS CES MOMENTS DIFFICILES, RECIT ET PHOTOS MAGNIFIQUES APRES UNE JOURNEE DE BOULOT ET UNE METEO POURRIE CA FAIT DU BIEN VIVEMENT LA SUITE BONNE ROUTE BRAVO BISOUS

  7. ewenczyk dit :

    Bonjour,

    tout d’abord félicitations pour votre belle aventure !!

    je souhaiterais effectuer en novembre prochain le tracé de quelques jours que vous avez effectué au Chili (sauf que je souhaite repartir vers l’ouest vers Los Angeles et non pas me diriger vers l’Argentine). Je souhaitais savoir si selon vous, ce tracé est réalisable en gravel ou bien si un MTB est recommandé. Souhaitant faire de la route par la suite (pour remonter vers Santiago), le Gravel a ma préférence mais bon.. faut que cela soit réalisable 🙂

    merci d’avance et bonne journée.

    Vincent

    • Bonjour Vincent,
      Vraiment désolée pour notre réponse très tardive ! Je viens de prendre connaissance de ton message.
      Si la question se pose toujours… cet itinéraire me parait très difficile à réaliser en gravel… Certaines parties sont très accidentées et le VTT est indispensable.
      A voir si ça ne te dérange pas de pousser sur certaines portions 😉
      Tu nous tiens au courant si tu as notre message ! Bon voyage et amuse toi bien !

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