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Bikepacking #2 : Paso Sico

Amérique du Sud, Argentine - Chili, Le carnet de bord| Vues: 1818

De San Antonio de los Cobres (Argentine) à San Pedro de Atacama (Chili) par le Paso Sico

Une étape de 5 à 6 jours que nous redoutons pour ses conditions hostiles d’après plusieurs récits, un désert de 350 km à traverser avec des cols à plus de 4000m d’altitude. La région est réputée pour être très venteuse (parait-il que cela ressemble à la Patagonie du Sud !) et de fortes pluies ont été recensé ces derniers jours, ce qui pourrait bien rendre la piste encore plus difficilement praticable… mais les paysages devraient bien nous le rendre… Alors c’est parti, on se lance !

Jour 1 : San Antonio de los Cobres – Olacapato 63km 850D+

Nous démarrons la journée sous un beau soleil vers 9h30, la piste est en bon état, il n’y a pas de vent, jusqu’ici tout va bien ! Après quelques kilomètres, nous nous sentons déjà bien seuls sur cet itinéraire, de rares 4×4 et camions passent, peut-être un par heure. Au bout d’une quinzaine de kilomètres, ça commence à grimper, le col dure environ 15 à 20 kilomètres, avec une pente d’environ 4 à 6 %, voire 8% sur certaines portions tout au plus, nous montons sans difficultés et le paysage est magnifique ! Nous atteignons le sommet à 4560m d’altitude en milieu de journée. Le souffle est plus court mais nous nous acclimatons plutôt bien, un léger mal de tête pour Vincent mais rien de bien gênant. Nous entamons la descente avec toujours de superbes montagnes colorés et des troupeaux de Lamas qui nous regardent passer d’un air curieux…

Lorsque nous étions en France à imaginer notre futur voyage, c’est entre autres à ce genre de paysages que nous rêvions…
Au bout de 63 kilomètres de pur bonheur, nous arrivons dans le seul et unique village où l’on pourra passer la nuit. Il est 15h30, Olacapato a des allures de village un peu délabré, nous en faisons rapidement le tour. Il y a tout de même un hospedaje, mais disons qu’avec nos 200 pesos restants en poche (environ 8 euros), nous n’irons pas bien loin et nous nous étions mis en tête de faire cette traversée sans payer de logement.
Nous nous rendons chez les policiers, après discussion, ils sont d’accord pour nous laisser dormir dans leur bâtiment. Nous disposons d’une pièce avec des matelas, puis nous avons accès à la cuisine et à la salle de bain ! Bref, en gros pour nous c’est le Carlton!

L’un des policiers nous informe que la route pour rejoindre le Paso de Sico est en mauvais état dû aux mauvaises conditions climatiques de ces derniers jours, il nous conseille de partir très tôt demain matin car quelques camions y passent seulement le matin, et ils pourraient nous venir en aide en cas de besoin…

En ce moment, c’est la période des Carnavals dans la région et nous sommes surpris de voir que même Olacapato, un village de quelques centaines d’habitants en plein désert, a son carnaval ! Quelques habitants défilent déguisés et dansent dans l’unique rue du village… Ils ferons la fête jusque tard dans la nuit.

Jour 2 : Olacapato – Douane Argentine/Chili 64km 200D+

Après un petit déjeuner à base de pain, confiture et miel, (les fruits nous manquent tellement…) c’est aux aurores que nous entamons la journée.
Il est à peine 8h quand nous enfourchons nos vélos.
Il fait beau, il n’y a pas un pied de vent et surtout qu’est-ce que c’est calme. Nous sommes au paradis et pédalons sans aucune contrainte (et croyez-nous, ces moments là sont bien rares!). Nous avons juste à contempler le paysage et profiter du silence.
Nous nous sentons seuls au monde et c’est bien le sentiment recherché.
Les kilomètres défilent vite, on ne s’attentait pas à un ripio en si bon état. (On appelle ici «ripio» les routes non goudronnées, cela peut-être des graviers, du sable, de la terre…ou tout ça en même temps !) Nous arrivons au Salar del Rincon assez rapidement et prenons le temps de savourer ce magnifique paysage, notre premier Salar avec ses couleurs qui varient du blanc au rouge ocre, et en fond un volcan fumant…

Nous repartons tranquillement mais les conditions favorables font que les kilomètres défilent vite et c’est sur les coups de 12h que nous arrivons au poste de douane Argentine-Chili. Nous pourrions continuer jusqu’au prochain hameau à 40km mais le GPS annonce 800D+ …il fût un temps où nous aurions foncé tête baissé mais là avec un peu d’expérience, on préfère la jouer cool en mode « tranquille miche-miche ». L’un des douaniers nous emmène dans un bâtiment où tout est prévu pour passer la nuit : 3 dortoirs d’une dizaine de lits, 2 salles de bains avec eau chaude s’il vous plait, une cuisine… bref, encore mieux que le Carlton, nous voilà maintenant au Ritz…

Jour 3 : Douane Argentine/Chili – El Laco 40km 850D+

8h00 tapante, nous sommes devant la douane pour recevoir nos tampons de sortie d’Argentine et d’entrée au Chili, avant de mettre les voiles ! Mais comme souvent ici, il ne faut pas être pressé…
Les formalités sont longues, on nous demande la marque des vélos, leur provenance, leur numéro de série…et vient la fouille des sacoches car il est interdit de rentrer au Chili avec des fruits et légumes, de la viande, du miel…
C’est tellement énervant de regarder le douanier tout déballer n’importe comment alors que tout est minutieusement rangé comme dans un Tetris !
Ce matin, Vincent avait « caché » son miel dans ses vêtements, mais nous sommes tombé sur un douanier plus malin…il l’a bien vite trouvé !

– Nous : Mais s’il vous plait, c’est tout ce qu’on a pour ces 3 prochains jours de désert.
– Réponse du douanier sans aucun remord : Le miel est interdit !
– Vincent, en bon français sachant que personne ici ne le comprendra : Espèce d’enfoiré, il va bien se régaler avec mon miel ce gros tas de M… !

C ‘est le jeu… Après avoir perdu presque une heure, nous pouvons enfin partir.
Aujourd’hui, nous nous attendons à de la difficulté mais les 20 premiers kilomètres ne sont pas si « terrible ». Bon ok, le ripio n’est pas en bon état voir assez sablonneux mais avec les VTT, ça passe plutôt bien. Après 11km, nous arrivons officiellement au Chili et là, c’est carrément du délire… Nous quittons la piste pour poser nos roues sur un bitume flambant neuf, un vrai billard !
Nous ne nous y attendions pas du tout…

– Vincent : Tu crois qu’on mérite tout ça?
– Sophie : Bin carrément qu’on le mérite, après toutes les difficultés qu’on a connu !
– Vincent : Ouais mais attends, c’est pas possible c’est trop facile, il va nous arriver une couille c’est obligé !

Bon, attention ça grimpe quand même ! Avec des côtes de 5-6% en moyenne et au 30ème kilomètre, ça s’avère un peu plus compliqué avec du 7 à 9%, la côte est toute droite, on peut voir au loin son sommet…c’est beaucoup plus facile psychologiquement quand ce sont des lacets ! Mais bon, nous avons connu bien pire, bien qu’à 4500m d’altitude l’exercice n’est pas simple !
Sur les coup de 13h, nous arrivons à El Laco, une ancienne mine, sur le papier c’est ici que nous devions faire étape, mais il est encore bien tôt. Nous allons manger ici et voir ce que nous ferons ensuite.

Deux hommes bien aimables nous invitent à venir manger à l’intérieur d’un bâtiment au chaud car le temps se couvre et dès que le soleil se cache, ça commence à cailler sévère.
Ce sont les gardiens de la mine. Elle n’est plus en activité mais elle doit être gardé pour éviter que des personnes extérieures ne viennent s’y installer.
A partir de maintenant pour rejoindre San Pedro de Atacama, nous ne devrions plus avoir de grosses difficultés et beaucoup de descente.
Nous hésitons longuement à rejoindre Socaire aujourd’hui, qui est quand même à 92km, il est 13H30 quand nous finissons de déjeuner, l’homme avec qui nous sommes attablés nous affirme que nous ne serons jamais à Socaire ce soir car malgré la descente, il y a quand même quelques belles côtes. Sophie est quand même plutôt partante pour tenter le coup.

– Vincent est mitigé : « On fait comme tu veux So, moi j’m’en fou j’ai la patate ! Mais à y réfléchir, mieux vaut rester ici cette nuit, sachant que nous pouvons encore une fois profiter d’un lit gracieusement mis à notre disposition, et demain on tente le coup pour rejoindre San Pedro en un jour, soit 180 km ! Disons que ça sera notre nouveau challenge ! »
– Sophie : « Challenge accepted ! »

De toute façon, on ne risque rien, si on n’y arrive pas, il y a Socaire à 92km et Toconao à 140km donc au pire … on ne sera pas perdu…

Jour 4 : El Laco – San Pedro de Atacama 180km 850D+

Nous démarrons la journée à 8h, après avoir passé une nuit moyennement reposante, difficile de dormir profondément à 4500m d’altitude. A cette heure, le soleil se lève depuis peu et il fait bien froid ! Nous nous couvrons comme il faut (gants et collant) et entamons une belle descente à travers les lagunes et les montagnes aux milles couleurs. Après quelques kilomètres, nous arrivons à la Laguna Tuyajto, l’effet miroir de la lagune qui reflète la montagne, avec les flamands roses qui s’y baignent…rendent le paysage réellement magique !

Nous commençons à retrouver la civilisation avec les 4×4 de touristes qui viennent en excursion depuis San Pedro, pour être honnêtes, on préférait avoir le paysage pour nous tout seuls !
Nous nous attendions à beaucoup de descente sur cette étape car San Pedro se trouve à 2400m d’altitude, ce qui nous fait perdre pas moins de 2000m ! Mais pour le plus grand bonheur des cuisses de Sophie, il y a aussi de sacrés côtes ! En tout, pas moins de 850m de dénivelé positif…sur une journée de 180 bornes, ça pique un peu !!!
Nous arrivons à Socaire, le premier village chilien, vers 12h. Nous avons parcouru 90 km en 4h !  De bonne augure pour la suite de la journée…
Nous rencontrons un groupe de 6 amis anglais, en voyage à vélo également, qui s’apprêtent pour leur part à aller affronter le Paso dans l’autre sens… Good Luck Guys !
Nos provisions s’amoindrissent et aucun moyen de retirer de l’argent avant San Pedro. Il n’y a pas, il va falloir pousser jusque là coûte que coûte, sinon ce soir on mange nos doigts !
Nous reprenons la route après avoir avalé un bol de flocons d’avoine, sur cette deuxième partie de la journée, beaucoup moins de descente et du plat en majorité… Prions pour que le vent ne se lève pas s’il vous plait !

Les kilomètres défilent, parfois de faux plats montants nous font ralentir et font surtout râler Sophie qui reste tant que possible dans la roue de Vincent… qui lui se pose sur le guidon en position « aéro » et se croit tout simplement en compétition… Ne cherchez pas, on ne le changera plus ! De toute façon dès qu’on se lance ce genre de défi, il est en kiffe…

Le paysage est devenu beaucoup plus monotone, à droite comme à gauche, le désert d’Atacama : du sable, quelques buissons, des dunes…nous roulons maintenant tête dans le guidon.
Les derniers 20 kilomètres sont plus difficiles pour Sophie qui commence à vraiment fatiguer…

« J’ai l’impression d’être un robot, mes jambes tournent maintenant de façon mécanique, mon regard est vide, j’ai l’impression de dormir les yeux ouverts »
Vincent tente de la soutenir : « Vois le bon côté des choses, ça te laisse un petit aperçu des 180 bornes de vélo pour ton futur Ironman ! » Mouais, c’est pas tout à fait ce à quoi elle pense pour l’instant !

Le plus dur ici, c’est qu’on peut voir le village au loin à plus de 15km, ce n’est qu’une lonnnnnngue ligne droite interminable.

16h45 Ca y est ! On y est ! On l’a fait !
Défi relevé ! Un peu plus de 180 kilomètres parcourus aujourd’hui en 7H30 ! (+ une heure de pauses et arrêts photos !)
Nous nous empressons d’aller retirer de l’argent et nous nous installons en terrasse avec un bon Coca-Cola bien mérité !

San Pedro de Atacama est un village très touristique, de par sa position stratégique vers de nombreuses excursions : les Salars, les Lagunes, la Vallée de la lune, la Vallée de la mort, etc… Ce qui en fait un village plutôt charmant (bien que très poussiéreux) avec plein de petites boutiques, de bars et restaurants, mais aussi très, trop cher !

Nous allons maintenant nous reposer deux jours ici, avant d’entamer une nouvelle étape tout autant redoutée, si ce n’est plus…Le Sud Lipez ! Une traversée d’une semaine de désert, avec des conditions semble t-il bien plus rudes que ces derniers jours… Il parait qu’en ce moment, c’est inondé dû aux fortes pluies et que la nuit ça caille sévère mais dorénavant, nous évitons de nous fier à ce que l’on peut nous dire. Il y a toujours plusieurs sons de cloches, et personne ne peut prédire réellement les conditions, surtout à ce genre d’altitude où la météo peut changer d’une minute à l’autre… le mieux est d’aller voir tout ça par nous-même !



Avant d’entamer ce Paso Sico, nous nous étions préparé psychologiquement à beaucoup de difficulté, mais au final c’est passé comme une lettre à la poste !
Nous n’avons rencontré aucune difficulté, mise à part peut-être quelques belles côtes qui coupent le souffle en altitude, mais rien d’insurmontable ! Il faut dire quand même que nous avons bénéficié de conditions climatiques exceptionnelles : très peu de vent, du soleil, pas une goutte de pluie…bref, le rêve pour tout cyclotouriste ! Nous ne pouvons que recommander cet itinéraire aux futurs voyageurs à vélo ! (Bon, par contre, si vous avez moins de chance que nous et un vent de face digne de la Terre de Feu, ne nous en voulez pas, hein !)

7 Responses to " Bikepacking #2 : Paso Sico "

  1. Marion dit :

    Que la nature est sublime !! On a tendance à l’oublier dans nos 4murs nos voitures nos villes … Ca fait du bien de voir de si belles photos ! Bisous !

  2. jaruga dit :

    Merci pour vos récits toujours aussi passionnant.
    Bon voyage et bon courage.
    Ch. Jaruga

  3. ANNICK GOULOIS dit :

    COUCOU LES JEUNES….. SUPER PAYSAGES… ET SUPER COMMENTAIRES…
    GRACE A CELA ONT PENSENT BIEN A VOUS .. ET CONTENTS QUE DE VOIR QUE PEUT ETRE
    DES GALERES…. MAIS TELLEMENT DE BEAUX MOMENTS…. VOUS ETES TROP FORT….
    ET ATTENDONS AVEC IMPATIENCE LE PROCHAIN RECIT DE VOTRE NOUVELLE AVENTURE…

    BZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ DE NOUS TOUS

  4. Valérie dit :

    Le récit et les sublimes images nous font voyager aussi, merci, on en redemande:))
    Bon courage et bonne continuation les champions;)

  5. papa dit :

    Encore du plaisir à lire vos aventures, papa le pot de miel, il l’aurait mangé devant eux lol,
    vous nous faites rêver, courage pour la suite gros bisous

  6. Bonjour vous 2, nous vous laissons un petit mot parce qu’on se pose souvent la question de qui sont ces gens derrière les statistiques qui viennent lire le blog. On a vu votre brève dans Carnets d’Aventures et les 2 belles photos alors on est venu jeter un coup d’oeil au blog.

    On aurait presque pu se croiser sans la catastrophe de la Junta. On était à Bariloche le 24 décembre, direction Futaleufu.

    Beaucoup de plaisir à voir vos photos qui sont plein de souvenirs pour nous puisqu’on a repris le boulot -dodo… ah cette douane du Paso Sico, un vrai oasis ! Comme nous sommes de vraies tortues et que nous sommes fans des bivouacs en pleine nature, nous avons mis une semaine à faire San Pedro – ma douane (oui oui 7 jours versus 2 pour vous 😉 ).

    Bonne route à vous. Faites nous signe si vous bifurquez vers la Guyane Française ! (nous venons de recevoir des warmshowers qui ont pédalé le Venezuela).

    • Bonjour la famille Toucan !
      Merci pour votre message, c’est toujours un plaisir de lire d’autres voyageurs !
      En effet, on aurait pu se croiser, on comptait passer Noël à Bariloche s’il n’y avait pas eu cette catastrophe !
      Malheureusement, l’Amérique du Sud c’est fini pour nous (du moins pour ce voyage car nous y reviendrons certainement !) Nous nous sommes envolés avec les vélos pour une toute nouvelle aventure aux Etats-Unis…changement de décor !
      Pouvez-vous nous envoyer le lien de votre blog ? 🙂

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