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Les montagnes russes à la péruvienne

Amérique du Sud, Le carnet de bord, Pérou| Vues: 2033

Au départ de Cusco, le Pérou s’annonce difficile, de par ses dénivelés mais aussi par une météo capricieuse en cette fin de saison des pluies (qui bien sûr, d’après les locaux, semble s’éterniser…). Tout ne sera pas qu’une partie de plaisir ces prochaines semaines et nous le savons bien. 

Mais c’est souvent dans la difficulté que l’on crée des souvenirs qu’on n’oubliera jamais…

D’Abancay nous voulions rejoindre Santa Rosa, un peu plus au sud et ainsi commencer un itinéraire hors des sentiers battus dont nous avons été inspirés par Andes By Bike, un super site internet créé par deux britanniques partis à la conquête des Andes principalement par les pistes et les routes secondaires.

Mais une fois à Abancay, nous avons déjà ramassé beaucoup de pluie et les locaux sont formels, ça ne va pas s’arrêter tout de suite et il y a beaucoup d’éboulements. Il se peut même que des routes soient bloquées. Nous découvrirons d’ailleurs que même la PE-3S, la route principale asphaltée, est parsemée de pierres et de débris dû aux nombreux éboulements. 

Nous qui comptions rejoindre Huancavelica par les pistes c’est un peu compromis.
Nous savons cependant que les locaux peuvent souvent nous raconter de tout et n’importe quoi, et qu’ils peuvent nous induire en erreur… mais pour le coup, on va la jouer en mode prudence. Surtout que ces derniers jours n’ont pas été de tout repos. Nous nous sentons bien physiquement mais psychologiquement une petite fatigue s’installe.

Il faut dire que depuis le tout début du voyage, c’est bête à dire mais nous n’avons jamais pris une vraie semaine de repos : Ne rien branler quoi ! Et on commence sans doute à en pâtir.
Comme nous le disions déjà dans l’article précédent, sur un voyage au long court comme celui-ci, il y a parfois une baisse de régime…

Dans ce cas, que faire ?  Se rappeler que :

  • si nous sommes ici, c’est que nous l’avons voulu ! « nous en rêvions, nous y sommes… »
  • chaque jour que nous vivons est différent et nous en apprend davantage sur le monde et sur nous-même
  • nous sommes totalement libres et c’est un privilège qui n’est pas donné à tout le monde
  • « une mauvaise journée de vélo vaut toujours mieux qu’une bonne journée de travail » (Merci  RayonMix Tour pour cette citation qu’on adore !)
  • Bref,  la liste peut encore être longue…

Après une bonne nuit chez les Bomberos (les pompiers quoi !) nous faisons le choix de la raison en modifiant notre itinéraire pour continuer sur l’asphalte jusqu’à Huancavelica. .
Qui dit asphalte dit un peu plus de facilité c’est vrai, mais ne croyez pas que cela va être un jeu d’enfant, bien au contraire…

Nous quittons Abancay sur les coups de 10h en mode « tranquille mich-mich », sans trop savoir ce qui nous attend (nous connaissons bien sûr nos étapes, le kilométrage mais jamais le dénivelé exact)

Il fait chaud, très chaud, cela faisait bien longtemps que nous n’avions connu ce genre de températures, normal nous sommes redescendu à 2000m d’altitude. Nous avions perdu l’habitude de rouler sans collant, ni Goretex !

Après quelques kilomètres de descente, c’est partie pour 35 km de grimpette sous une chaleur étouffante. Nous montons tranquillement sans se mettre dans le dur, en moulinette sur le 30×44 voire 46 car nous savons que la route sera longue au Pérou et mieux vaut en garder sous la pédale.
Etant redescendu en altitude, nous retrouvons les insectes…nous nous faisons littéralement bouffer par des saletés de moucherons ! (enfin, surtout Sophie)

Les journées de vélo se suivent et se ressemblent avec chaque jour un col à franchir pouvant durer jusqu’à 40km et des pourcentages pouvant faire pâlir nos plus célèbres cols français.

Nous enchainons de grosses journées et la fatigue s’accentuera au fil des jours.

Les Klaxon : Ahhh ces fameux coups de klaxon qui nous en mettent plein la tête !

Ici au Pérou c’est un sport national ! Tant dans les villes que dans les montagnes. Bon ok, parfois c’est utile, comme par exemple pour prévenir de son arrivée dans un lacet (parce qu’en plus, les péruviens roulent comme des gros malades en montagne) ou pour prévenir avant de doubler… Mais franchement, est-ce qu’ils ont besoin de klaxonner avant, pendant et après ??? Ou parfois, c’est juste pour nous faire coucou ! L’intention est bonne mais quand c’est la cinquantième fois de la journée, c’est plus un signe de la main qu’on a envie de faire, mais un doigt… !  😈

« Je vais lui faire bouffer son P….. de Klaxon de M… ! » dixit Vincent

L’envers du décor, celui qui fait moins rêver …

Ce Samedi 24 mars, une journée où pour la première fois du voyage nous aurons eu de la pluie et du brouillard du début à la fin, et quand on dit « pluie » on veut dire « trombes d’eau ».

Le mieux aurait été de rester à l’abri dans notre petite salle de classe à Huancarama où nous avons passé la nuit, mais ce matin, il y a une petite accalmie et même un léger rayon de soleil, on se lance en se disant que s’est en train de se lever. Mais après 15 minutes, la pluie et le brouillard reviennent en force, et pour maintenant on est partis, on continue ! Dans ces conditions, un seul mot d’ordre : faire le vide dans sa tête et pédaler machinalement !

Nous roulons sans arrêt ou juste pour grignoter vite fait, avec une grosse cadence de pédalage afin d’avoir un rythme cardiaque élevé et ainsi garder une chaleur corporelle correcte pour « ne pas trop se refroidir » (En vrai, on était gelés !)
Il faut éviter de suer pour ne pas choper la crève au premier arrêt, mais aussi avoir assez chaud pour ne pas se refroidir sur le long terme… Bref, pas simple.
Enfin de toute façon, à plus de 4000m quand il pleut et que la température est juste au dessus des 5°, c’est juste l’enfer, surtout pour nos petits pieds…

Nous finirons par gagner Andahuaylas épuisés, après 84km et 1355D+ de pure galère…

Nous tenons juste à souligner quand même que grâce à nos Gore-tex «Norrona Falketind» (et non, nous ne sommes pas sponsorisés par la marque Norvégienne, juste que nous sommes bluffés par leur efficacité), nous aurons eu le haut du corps au sec jusqu’à la fin. Bravo Norrona et encore merci Snowleader

Les rencontres, le moteur du voyage.

Même si nos journées sont ponctuées de gros efforts, heureusement nous avons toujours la récompense de traverser des paysages splendides, entourés de sommets et d’une végétation changeante en fonction de l’altitude.

Mais le meilleur n’est pas seulement là, ce qui chaque jour nous donne l’envie de pédaler plus, ce sont les gens et les rencontres formidables que l’on fait.
Les péruviens sont tellement accueillants ! Toujours un petit signe ou un mot d’encouragement ! Bon, même s’ils nous appellent « les gringos« , on sent bien que ce n’est pas péjoratif, c’est juste leur façon d’appeler les étrangers « blancs ».

En plus, on est dans le même groupe pour la Coupe du Monde de Football alors même si la plupart n’ont aucune idée d’où se trouve la France, ils connaissent au moins notre équipe de foot !!!

A Julcamarca, petit village perché à 3700m, nous sommes accueillis comme des rois. A peine avons-nous posé les vélos, nous sommes dirigés vers une salle des fêtes où l’on nous offre un gros repas ! Nous sommes en pleine « Semana Santa » et chaque ville et village a ses festivités.

« Le Pérou étant un pays très croyant et pratiquant, la Semaine Sainte est une fête de très grande importance. On trouve à travers le pays une multitude de célébrations colorées qui se passent, bien sûr dans un esprit de prière et de recueillement, mais également de grande fête permettant de rassembler familles, amis et voisins. »

Les habitants du village sont très curieux et nous posent plein de questions sur notre voyage, notre pays. Ils nous demandent bien entendu si l’on est mariés, si l’on veut des enfants… Cela parait tellement inimaginable pour eux de traverser tous ces pays à vélo. La plupart n’ont aucune idée des distances, du pourquoi et du plaisir que l’on peut y prendre.

Pour couronner le tout, nous sommes invités à dormir chez une dame du village accompagnée de ses deux filles. Encore une fois, des personnes qui n’ont pas grand chose et qui vivent avec très peu (pas d’eau chaude, pas de salle de bain, des toilettes à la turc à l’extérieur…) Mais qui sont prêtes à tout vous donner ! Maria Teresa, la cadette de 14 ans, déménage son bureau où elle est entrain de faire ses devoirs pour nous laisser plus de place dans la chambre !

(Malheureusement avec la fatigue nous n’avons pas pensé à prendre des photos de ces beaux moments, parfois nous nous laissons juste aller sans penser à immortaliser le moment présent, tout en nous disant que ces moments sont de toute façon gravés dans nos mémoires)

Après plus de 700km et pas loin de 15000m de D+, nous atteignons enfin, fatigués et un peu malades (avec les variations de températures, pas étonnant que l’on s’encombre…) Huancavelica où nous décidons de prendre un peu de repos mais cette fois, du vrai repos, ne RIEN faire de la journée !

Avant d’attaquer un gros morceau qu’est celui de la Great Divide, cet itinéraire de pistes qui longe des chaînes mythiques de la Cordillière avec des dizaines de passages de cols à plus de 4000m !

On va encore bien s’amuser !!!  😀  (Ironique…?)

6 Responses to " Les montagnes russes à la péruvienne "

  1. Marion et Nico dit :

    Courage on pense fort à vous ! Et c’est bien vrai même une mauvaise journée pour vous sera toujours mieux qu’une bonne journée au boulot enfermée entre 4 murs ! Bisous !

  2. papa dit :

    quel plaisir de se lever le matin et alors que le temps n’est de la partie, de découvrir encore une étape de votre aventure. Cela remonte le moral. On voit que ce n’est pas toujours facile, mais de belles rencontres en cours de route. Nous sommes de tout coeur avec vous. Bon courage pour la suite. Gros bisous

  3. Fournel dit :

    Bravo les jeunes !! Vous nous faites vivre des sensations et des émotions vertigineuses. Dans les moments « difficiles  » souvenez vous que l’essentiel c’est d’être à deux et de vivre ensemble ces bons moments ! On vous embrasse. Gros bisous de Claudine et Lulu

  4. Morgan dit :

    Superbe récit, on attend la suite avec impatience ! Prenez soin de vous ( un petit peu quand même 🙂 ) . Bisouss

  5. Valérie dit :

    Vous êtes extraordinaires les champions, merci pour le partage , gros bisousssss;)

  6. Jean marc dit :

    Alors pas belle la route après Cusco !!!!!! Des paysages et des rencontres et encore des paysages et des rencontres. Cela me donne envie de refaire ce périple que nous avons fait en 2015 , petite différence nous c’était en voiture. Une avalanche de bisous à tous les deux.

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