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Une course de VTT, c’est bon pour le moral !

Amérique du Sud, Le carnet de bord, Pérou| Vues: 2441

Pour tout vous dire, le moral n’est pas au beau fixe depuis quelques jours. Il faut dire que depuis quelques temps, les jours se ressemblent : se lever, déjeuner, rouler, s’arrêter dans un village, trouver un endroit où dormir, manger, dormir…et rebelote ! Et oui, même dans une aventure comme celle-ci, la routine peut s’installer avec les petits tracas du quotidien de plus en plus fréquents :

  • une météo de nouveau capricieuse, nous pensions en avoir terminé avec la pluie mais quenéni, elle s’accompagne maintenant de brouillard ou de vent !
  • de la boue, beaucoup de boue ! Nous finissons nos journées souvent repeint des pieds à la tête, et c’est pas toujours très agréable…
  • du dénivelé, encore du dénivelé… et des crevaisons à foison ! Vincent a tout simplement la flemme le soir de tout démonter pour voir d’ou vient le vrai problème : « ça tiendra jusque Jaén, dit-il, là j’en ai plein le c.. »
  • Peu de rencontres ces derniers temps, bien sûr, nous discutons avec des locaux sympas, mais ces rencontres qui marquent vraiment, cela fait quelques temps que ce n’est pas arrivé.

Ce matin du 27 avril, nous espérons donc regagner la ville de Jaén à plus de 100 km, mapsme nous indique une route descendante donc ça devrait être une journée « cool ».

Mais après 62Km de bouillasse et de brouillard, deux crevaisons et bien sûr, du dénivelé positif que nous n’attendions pas, nous lâchons l’affaire avec un léger pétage de câble pour Vincent, et attendons un mini-bus pour descendre à Jaén.

Rien de bien méchant direz-vous et vous avez tout à fait raison, mais nous n’avons plus la patience de nos débuts, surtout quand on connait celle de Vincent qui est légendaire…

Physiquement nous nous sentons toujours aussi bien, mais c’est plus une fatigue psychologique qui s’installe et qui on espère, repartira aussi vite qu’elle n’est arrivée.

Nous arrivons donc à Jaén en Bus, nous sommes déjà d’une humeur…disons que nous sommes à fleur de peau, et v’là pas que le chauffeur veut nous entuber de 10 soles ! Nous devions payer 5 soles chacun, comme annoncé au départ et comme tout le monde dans ce mini-bus, Sophie lui tend un billet de 20, et lui tranquille il ne rend pas la monnaie en disant que c’est pour les vélos ! Même les passagers trouvent ça abusé ! Certes, au final ce n’est que 2,5 euros, mais c’est fait d’une façon malhonnête et ça, on ne supporte plus ! Du coup, on ne lâche pas l’affaire, Vincent veut carrément lui piquer ses clés et lui mettre un coup de pression, mais Sophie discutera avec plus de finesse et de calme, et nous récupérons notre dû.

Nous avions repéré un magasin de vélos sur notre carte « El Ciclista« , et c’est à pieds avec la roue arrière crevée de Vincent que nous traversons la ville sous une chaleur étouffante (environ 40 degrés alors qu’hier soir, nous étions en doudoune…Nous sommes redescendu à 800m !) pour nous rendre, on l’espère, chez notre sauveur.

Et vous connaissez l’expression phare de notre aventure?

Après la pluie, vient le beau temps !

Nous sommes accueillis par Miguel, le gérant, il a bien des pneus de 29’ mais le modèle ne convient pas selon Vincent qui préfère attendre de trouver vraiment ce dont on a besoin avant de changer les 4 pneus en même temps. Et surtout, Il s’était mis en tête d’aller jusqu’en Colombie avec les pneus d’origine, qui selon lui sont encore bon (Miguel le confirmera). Plus de 10 000km pédalés avec un simple pneu de VTT sans même avoir de flancs renforcés, faut avouer que ça serait plutôt pas mal ! Après ça, on pourra faire de la bonne pub pour Continental !
En attendant, Miguel dispose du matériel nécéssaire pour réparer tout ça et renforcer les flancs abimés,  et surtout des chambres à air neuves.

Il est 20h30 et nous n’avons toujours pas trouvé d’endroit où dormir ni manger. Habituellement Miguel et sa soeur Mavel se débrouillent pour accueillir les cyclotouristes chez eux mais là, il n’y a malheureusement pas de place… C’est vraiment pas notre jour… Bref allons manger et nous verrons ensuite.

Nous sympathisons avec le gérant du restaurant qui tout naturellement nous propose de nous emmener à deux « Quadra » (Ici, tout se compte en quadra, c’est-à-dire en bloc, puisque toutes les villes sont quadrillées) où sa famille tient un Hostel et il nous obtiendra une chambre à 20 soles (5€). C’est propre, il y a tout ce qu’il nous faut (un bon lit, une salle de bain avec douche froide mais vu les températures du coin, c’est pas un mal, et un garage pour nos vélos) bref, c’est parfait.

La journée n’avait pas commencé sur les chapeaux de roues, mais au moins elle se termine bien, comme très souvent!

Le lendemain, après avoir passé l’après-midi au magasin à nettoyer et réparer nos montures, Miguel nous informe qu’une course de VTT aura lieu demain matin (Dimanche) ici à Jaén. Il nous propose d’y participer, et comme ça la course prendra des dimensions internationales, nous dit-il en riant. Nous ne réfléchissons pas longtemps avant de dire OUI ! Cette course ne pouvait pas mieux tomber pendant cette période de « moins bien » !

Tout en discutant avec quelques jeunes au magasin (car c’est le QG de tous les cyclistes de Jaén), on apprend qu’ici il en connaisse un rayon et que certains même s’entrainent plus de 3h par jour. Un plaisir pour Vincent de parler entrainement et matériel. Nous qui pensions encore participer à une petite course de village, là ce ne sera plus le même level.

Nous leur disons qu’en France nous pratiquons le triathlon (la chose à ne pas dire) : des « Triathlètes » Français seront présent demain annonce Miguel à quelques concurrents par téléphone parfois venu de loin (plus de 6h de route).

Quoi ? Des français ? et en plus, triathlètes ? Bon, laisse tomber, je viens pas ! Ahahah

Nous insistons bien sur le fait que nous sommes de petits amateurs passionnés, pas entrainés depuis 6 mois, mais ça leur met la pression quand même et nous ça nous fait rire. En tout cas, on se doute qu’on sera attendu au tournant, surtout Vincent !

Ce dimanche matin il fait très chaud (environ 40° plein cagnard)

Le parcours ne fait que 12 km mais c’est de la montée sèche (1100 D+) sur une piste de caillasse, terre, sable et boue par endroits, avec des passages à 17% (données montre GPS)

Nous apprenons qu’il y a de l’argent en jeu. Les 3 gagnants de chaque catégorie se verront récompensés. 300 soles (75 euros) pour le gagnant sénior homme par exemple. Croyez-nous qu’au Pérou c’est beaucoup d’argent et que le déplacement en vaut la peine !

Les compétiteurs Français peuvent en témoigner, pour gagner 75 euros cash en France, il faut se lever tôt et être affuté… 

Sophie sera la seul féminine à faire la parcours long car les catégories femmes et minimes ne font que la moitié.

Il n’y a aucun objectif pour nous mais une fois sur la ligne de départ, la pression monte d’un cran et Vincent est tout excité à l’idée de faire enfin la course ! Sophie elle, est plus tranquille et compte bien profiter du paysage !

Le départ est donné et nous sommes surpris par l’intensité, tout le monde part à fond ! Sophie se retrouve dernière, juste devant l’ambulance ! Elle se dit que ça risque d’être long 12 km de grimpette toute seule…
En tout cas dur dur de suivre le rythme, surtout que nous sommes de gros Diesel, qui plus est encrassés en ce moment !
Vincent décide quand même de « lâcher les chevaux »  afin d’essayer de suivre le rythme en espérant ne pas exploser en vol !

Effectivement c’est parti trop vite et beaucoup baisseront l’intensité 2km plus loin…

Après avoir été en zone rouge les 3/4 de la montée,  Vincent remontera beaucoup de concurrents et finira 4ème à 1 minute du Vainqueur.
Sophie quant à elle, a été plutôt linéaire, elle a remonté 5 ou 6 mecs quand même et s’est senti bien mieux également sur la deuxième partie de la course. Elle finira première féminine bien sûr puisqu’elle n’avait pas de concurrence…mais est fière d’en avoir mis quelques uns à l’amende ! Elle empoche  le gros pactole de 100 soles ! (25 euros)

Vincent : Je me suis fait vraiment mal !
Sophie : Tiens c’est marrant, j’aurais cru le contraire… (ironique)
V : C’est pas ma faute, toute la course, il y a un jeune qui ne m’a pas lâché en me mettant des accoups tout le temps, j’ai cru que j’allais exploser en température. J’avais l’impression de faire du fractionné. Et attends, le mec tranquille avec un vieux VTT en 26’ et sans pédales automatiques. Il m’a fait mal au moral… mais dans les deux derniers kilo plus de copain, j’ai retrouvé de la fraîcheur et du souffle et la je lui ai fait mal, je pensais en plus qu’on se battait pour la 3e place, je suis dégoûté. Et toi?
S : Moi, j’ai cru mourir de chaud ! Mais je suis partie sans trop forcer et après quelques kilomètres, j’ai commencé à remonter 5-6 gars et attends, il y en a un, quand il m’a vu arriver derrière, il s’est arrêté sur le côté et a sorti sa pompe, genre il avait crevé le mytho… oh le gros macho qui veut pas se faire dépasser par une fille ! Et sinon, t’as vu les beaux papillons ???
V : T’es sérieuse, tu crois que j’ai eu le temps de regarder les papillons ?
S : Bah moi, j’ai failli m’arrêter pour prendre des photos, mais après je me suis dis, bon Sophie t’es quand même dans une course, déconne pas !

Deux états d’esprit bien différents, mais qui dans la vie, se complètent à merveille !

Pour revenir au garçon qui a donné du fil à retorde à Vincent, Miguel nous apprendra qu’il n’a que 15 ans  et qu’on lui a prêté un vélo pour la course ! Habituellement, il roule sur un vélo encore plus vieux avec des vitesses qui ne fonctionnent qu’a moitié… Bon, il vit et s’entraine à plus de 3500m d’altitude… mais ça c’est juste pour consoler un peu Vincent.  « T’occupe pas de la marque du vélo et pédale » L’expression prend tout son sens.

Ce Lundi matin, nous devions reprendre la route, mais sans grande motivation, on se sent plutôt bien ici et flâner un peu ne nous fait pas de mal… D’autant plus que nous faisons la rencontre de Richard, jeune retraité de 64ans et ancien kayakiste professionnel, qui lui descend de Colombie jusqu’à Ushuaia à vélo. Il est parti de Santa Marta au Nord de la Colombie et compte rejoindre Ushuaia. Sa femme, en retraite aujourd’hui, le rejoindra à Cusco dans quelques semaines pour continuer l’aventure ensemble. (Vous pouvez lire les aventures de Richard en cliquant ici : « papypédale« )

Nous passons l’après-midi ensemble à discuter de la vie et de nos aventures, à nous donner des bons plans et conseils pour la suite. Le soir, Mavel (la soeur de Miguel) nous propose de diner tous ensemble chez elle. En retour, nous insistons pour nous occuper des courses et de cuisiner tous les 3 pour elle. Pendant que Vincent s’occupe de l’apéro et du Guacamole, Richard et Sophie s’attellent à la préparation d’une bonne bolo maison… Mmmh, un vrai délice et surtout une soirée conviviale comme on les aime !

Vous avez beau vous retrouver dans les plus beaux endroits du monde, parfois cela ne suffit pas à vous remonter le moral. Alors que de simples rencontres, dans une ville n’ayant pas vraiment d’attrait touristique,  peut vous rebooster en une journée et vous donner l’envie de rester … Au lieu d’une nuit prévue, nous en sommes à la quatrième ici ! Jaén nous aura apporté tout ce dont on avait besoin : de belles rencontres, une épreuve sportive pour nous sortir de notre quotidien et en bonus, du soleil !!!

La frontière équatorienne n’étant plus qu’à une bonne centaine de kilomètres, nous profitons de nos derniers jours au Pérou, en bonne compagnie, avant d’affronter un tout autre pays.

« La petite histoire » qu’on ne raconte que quand le mal est passé… :

En quittant Huaraz, après avoir passé 4 jours au lit avec fièvre, diarrhée et vomissements. Nous ne sommes pas mécontents de reprendre la route et de retrouver le soleil et les routes asphaltées ! En plus, ça descend pas mal, on se fait plaisir. Mais peu avant d’arriver à Caraz, Vincent se fait mordre la cheville par un chien. Bien sûr, il fallait que ça arrive…
Rien de bien méchant mais ça saigne. La rage est une maladie assez répandue au Pérou et nous ne sommes pas vacciner.

(Pourquoi ne pas avoir fait le vaccin? Car c’était 3 injections à faire avant de partir, et si on se fait mordre, on a juste 48h au lieu de 24h pour agir, et  2 injections au lieu de 5 sans la vaccination… Au final, des contraintes dans les deux cas, donc on s’est dit on y va sans et on verra.)

Chaque jour, nous sommes embêtés par les nombreux chiens, souvent, c’est juste une petite meute sans danger qui aboie et nous fait chier plus qu’autre chose, mais il peut arriver aussi qu’ils soient aggressifs. Et parfois, on ne les voit pas arriver et ça surprend !
Forcément au bout d’un moment, on s’y habitue et Vincent, sans vraiment prêter attention aux 3 énervés qui le poursuivaient, s’est fait chopper à la cheville.

On fait donc demi-tour pour essayer d’aller trouver ce chien et son propriétaire, afin d’avoir des informations sur son état de santé…Mais rien de concluant, nous nous rendons donc à l’hôpital de Caraz.

  • Bonjour, je me suis fait mordre par un chien.
  • Aie Aie…effectivement il y a eu du sang. Le centre de vaccination est fermé l’après-midi, revenez demain matin à la première heure, en attendant, nettoyez la plaie avec de l’eau et du savon pendant au moins 15 minutes. 

Le lendemain, le médecin se veut rassurant et nous assure que dans le secteur, il n’y a pas de cas de rage et que la maladie touche plutôt la zone d’Arequipa au sud ouest. Pour lui, il n’est pas nécessaire de faire le vaccin, cependant, le chien a pu transmettre des bactéries et il serait préférable de prendre des antibiotiques.
« Les antibiotiques, c’est pas automatique », nous verrons si Vincent souffre de fièvre ou autre ces prochains jours, en attendant il faut y aller… une grosse journée nous attend !
2 semaines plus tard : RAS, tout va bien, Vincent ne s’est pas encore mis à baver, c’est bon signe !

3 Responses to " Une course de VTT, c’est bon pour le moral ! "

  1. Encore un magnifique recit de vos aventures. Merci à vous 2 de nous faire partager votre passion.c’est vrai qu’à certains moments on a peur pour vous !
    Un message partuculier pour Sophie en ce moment douloureux qu’est la perte d’un être cher. Mamie était une personne formidable et elle nous manquera à tous. Gros bisous ma petite Sophie et surtout continuez votre périple en pensant qu’elle vous accompagne.

  2. Olive dit :

    Bravo pour vos exploits !!
    Toujours un plaisir de vous lire aussi bien ds les bons que ds les mauvais moments qui d’ailleurs ne durent jamais bien longtemps !
    Continuez vers de nouvelles et belles aventures qui nous font rêver .

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